Ce dimanche 10 décembre, Les Ogres de Barback avaient fixé rendez-vous à leur public de fidèles mélomanes sur les planches de la Ferme du Biéreau à Louvain-La-Neuve. Scènes Belges était bien entendu de la partie.

La salle est pleine d’un public hétéroclite, mélange de familles et de groupes d’amis aux allures très “roots”. Ce soir, les petits enfants et les youkous jouent dans le même bac-à-sable ! Et déjà, ça, on aime… Il faut dire que Les Ogres de Barback ont l’art de toucher un public très large. En transformant les petits faits du quotidien en véritables éléments de conte, leurs paroles s’adressent à tout le monde. « Ce soir, on va faire des chansons pour les grands, des chansons pour les petits, des chansons tristes, des chansons joyeuses, Bref, plein de chansons ! » La couleur est annoncée, tout le monde en aura pour son compte tout au long d’un concert qui durera un peu plus de deux heures.

Les Ogres de Barback, c’est quatre frères et soeurs : Fred, le chanteur, Sam, et les jumelles Alice et Mathilde. Ce soir, ils sont accompagnés de Nico, à la batterie. Mais les Ogres, c’est surtout pas moins de trente-six instruments défilant au sein d’un seul et même concert et passant de mains en mains. Allez, on vous met un bout de la liste, juste pour le fun : accordéon chromatique et diatonique, trombone, guitare, cornet à pistons, contrebasse, violon, trompette, bugle, épinette des Vosges, scie musicale, tuba, erhu, piano, flûte traversière, clarinette, soubassophone, violoncelle, claquettes, batterie, sans oublier toute une tripotée d’instruments à percussion… Il faut reconnaître qu’en terme de polyvalence instrumentale, on ne connaît pas mieux ! Ce qui permet de proposer au public une incroyable panoplie de configurations scéniques, alternant les rôles et l’expérience musicale à chaque morceau, emmenant le spectateur dans une nouvelle vallée à chaque pas. Ainsi, le morceaux se succèdent et amènent leur lot de surprise, comme ce solo de claquette ou cette fausse impro. On se surprend régulièrement à se demander ce qui nous attend sur le prochain morceau…

Dans les grands moments du concert – et il y en a eu plein – on retiendra le surnaturel solo d’Alice à la scie musicale. L’espace d’un instant, tout le monde semble subjugué et fasciné par la fluidité de ce son élastique d’un autre monde, par cette rencontre instrumentale du troisième type. La salle s’emplit alors d’un ondoyant aigu qui semble avoir son existence propre, comme si l’archet dansant sur le fil de la scie se contentait de lui rendre sa liberté.

Alors que des enfants se mettent à grimper sur les poutres de la vieille grange pour apercevoir la scène par-dessus les dreads qui s’agitent au premier rang, le concert en arrive à la partie qui leur est spécialement dédiée. Et c’est toute la salle qui vit un grand retour en enfance, se laissant baigner par l’entrain rafraichissant des contines du Ptit Chat, de PittOcha ou de Mamzelle Bulles.

L’ambiance se fait convivial, Fred, le chanteur, aimant jouer avec le public. « Maintenant, on va vous faire une toute nouvelle chanson quon a écrite cet après-midi. On la joue pour la première fois devant vous ! », annonce-t-il à la foule avant d’entonner les premiers accords de ce qui est sans doute… un de leurs titres les plus emblématiques : Rue de Paname. La foule chantera d’ailleurs l’entièreté du premier couplet toute seule, laissant le chanteur sans voix devant tant de ferveur. C’est d’ailleurs la voix émue et la larme à l’oeil qu’il reprendra la chanson en cours de route. Un beau moment. La chanson se termine sur une véritable ovation, à laquelle répondront les Ogres en scandant : « Une autre, bon daccord ! Une autre, bon daccord ! ». Ben oui… Dans la famille Burguière, « on pratique lauto-rappel ! »

Et puis on arrive à ce qui fut pour moi un véritable coup de coeur musical, le point d’orgue du concert ! J’en avais déjà entendu parler, mais je n’y avais pas encore assisté en live : un mashup entre leur morceau La Manche et le titre phare d’NTM, IV my people. Où comment reprendre l’instrumentale, et le premier verset, d’un des plus grands classiques du rap français – le tout au trombone à coulisse, à la guitare électrique, à la batterie et au piano – et greffer par dessus les paroles de La manche, pour aboutir à une véritable bombe, quelque chose de tout simplement énorme… Je vous assure que j’ai vécu là une expérience littéralement orgasmique. Non content d’étaler leurs prouesses à maîtriser n’importe quel instrument, les ogres peuvent aussi se targuer d’avoir un chanteur incroyablement polyvalent en terme de maîtrise vocale, surprenant par la qualité de son flot.

Les Ogres de Barback nous ont ainsi à nouveau servi une prestation sans faille, comme ils nous en ont donné l’habitude. Il faut dire que la fratrie a l’art d’exceller en toute simplicité. Je le dis sans hésiter : dans leur genre, Les Ogres de Barback ne sont pas loin de la perfection…

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