La Morsure de Fauve : une trace indélébile

Fauve-Album1 Fauve est un collectif français, parisien pour être précis, dont on connait les cinq membres permanents et « visibles ». Un succès incroyable, une génération conquise, des textes forts et intrusifs. Rares dans les média, c’est à l’occasion des Francofolies de Spa que nous avons eu l’occasion de discuter avec trois membres, une conversation plus qu’une réelle interview, un échange en présence de trois jeunes filles qui développent un projet de fanzine. Plusieurs regards croisés, plusieurs lectures, un beau cadeau.

Vous êtes assez peu présents dans les média, votre public vous connait au travers des réseaux sociaux, comment vous situez-vous par rapport au média « classiques » qui semblent incontournables dans le circuit promotionnel des artistes ?

Fauve : A la base, Fauve refuse le visuel, prĂ©fère ne pas s’afficher, ne pas diffuser de photos. Ça refroidit pas mal de mĂ©dia qui refusent de se priver de cet Ă©lĂ©ment. Le projet ; sa complexitĂ© et ses codes semblent ne pas ĂŞtre assez « simples » pour plaire aux grands mĂ©dia. Pour Fauve, ne pas se montrer ne veut pas dire ne pas se dĂ©voiler. Notre public joue le jeu, quand il publie des photos des concerts sur les rĂ©seaux sociaux, il veille Ă  ne rien publier d’individuel de respecter l’idĂ©e du collectif.
Nous acceptons la plupart des interviews sans images. Nous aimons les organiser comme des rencontres, des dialogues, croiser les questions de différents journalistes issus de média et de milieux différents. La promo, ce n’est pas notre objectif. On est là car on sait qu’il y a une demande de la part de nos fans, de notre public même si on ne comprend pas toujours bien à quoi cela est dû mais surtout on aime échanger, ça fait évoluer.

Votre musique, vos vidéos, vos textes forment un ensemble qui se veut rapide, urgent, un exutoire. D’où vient cette démarche, cette manière de vous exprimer ?

Fauve : De nous pour nous. Au départ, nous avons développé le collectif Fauve pour nous-mêmes. On ne s’est pas dit que l’on se mettait dans une démarche artistique destinée à d’autres qu’à notre entourage. Nos thèmes sont personnels, reflètent ce que l’on vit au quotidien, ce qui nous touche ou ce qui touche nos proches, c’est presque viscéral. Écrire, réaliser, pour nous c’est une démarche de survie, nécessaire, urgente en effet. Notre survie passe par là, il y a un côté thérapeutique dans notre manière de créer. On a d’ailleurs du mal à comprendre pourquoi d’autres s’approprient ce qui relève tellement de notre intimité.

Vous êtes l’incontournable de l’année, vos dates sont complètes hyper rapidement, vos disques s’arrachent. Certains parlent d’un phénomène générationnel, un peu à l’image de Cyril Collard au moment de la sortie des « Nuits Fauves » dont votre nom est inspiré. Vous êtes d’accord avec cette manière de vous qualifier ?

Fauve : Générationnel, on comprend d’où ça vient mais on ne peut pas assumer ça. Nous dire que des gamins nous écoutent dans leur chambre et s’approprient nos mots, c’est obscur pour nous. On écrit tellement sur notre vie, nos ressentis et nos expériences qu’il nous semble assez particulier que cela puisse être intégré par d’autres.

« Les Nuits fauves » ont été un phénomène générationnel sans doute, on ne connaissait que le nom du film quand on a choisi notre nom mais ça nous parlait. Quand on l’a découvert ensuite, on s’est rendu compte qu’il y avait des points de convergence, dans l’urgence, le dévoilement de l’intime, la vitesse, les couleurs, l’association image/son.

Ce qui nous surprend aussi c’est de voir que le public est là, présent aux différents rendez-vous. Heureusement, notre démarche collective nous préserve de nous noyer, il y a tant d’échanges et de partage que l’on pourrait très vite perdre pied. Au sein du collectif, quand l’un de nous est en manque de repères par rapport à la situation que nous vivons, il y en a toujours un pour le comprendre, le rassurer, lui taper sur l’épaule ou le serrer dans les bras. On a cette force interne qui nous tient bien ancrés.

Travailler en collectif, c’est un acte important dans une démarche artistique. Comment organisez-vous, répartissez-vous les tâches entre vous ?

Bien sûr, le collectif c’est notre force mais c’est aussi naturel pour nous. On n’a pas décidé de se rencontrer pour faire un projet collectif appelé « Fauve », on se connait tous pour la plupart depuis longtemps, parfois depuis l’enfance. On organise tout et on n’organise rien. En fait, on cherche toujours la meilleure place pour chacun, là où les compétences seront le mieux exploitées. Par exemple, si notre guitariste n’arrive à pas performer sur un riff particulier et que le bassiste ou qu’un ami de passage y arrive, on ne va pas se priver de cette compétence en cadenassant les rôles. C’est comme ça qu’on fonctionne de manière globale. Par exemple pour le graphisme de notre « nom », on a fait des dizaines d’essais entre nous sans résultat probant. On avait trouvé le dessin, ce F dont la barre se décale pour tendre vers le signe différent. On s’est alors tourné vers un ami peintre qui nous a réalisé la pochette en deux essais. C’est ça notre démarche, collecter et rassembler les talents sans les enfermer dans des cases. On est en pleine évolution, on bouge sans cesse nos limites, nos balises.

C’est sur ces propos qui montrent à quel point Fauve est un projet artistique hors du commun, sans ego et sans ambition personnelle que la conversation touchait à sa fin. Encore quelques mots en off, des échanges plus personnels et plus touchants dont il ne peut être fait écho ici mais qui renforcent encore mon sentiment à leur égard. Avoir face à soi de jeunes gens qui bousculent à ce point les codes, qui développent une réflexion artistique complète et cohérente, une démarche saine et humble, fut très émouvant.

Bouleversant les codes, Fauve est le projet artistique le plus interpellant vu depuis longtemps. De beaux artistes, mais surtout de belles personnes. Des humains qui posent un regard particulier sur ce qui nous entoure. Le concert donné ce dimanche à Spa était un moment inoubliable, le reflet de cette rencontre.

Écrit par Christelle Cotton

Christelle Cotton

Chroniqueuse / Reporter