Il était attendu depuis longtemps, de report en report, certains craignant l’annulation du concert. Mais Ennio était bien là, baguette à la main, vêtu de sa parure de Maestro qui depuis 54 années cinématographiques ne l’a pas quitté. Récit d’un rendez-vous au sommet d’un art, avec un grand homme. C’était mardi passé au Palais 12 pour la tournée My life in music.

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Mine de rien, si les moins de trente ans ne connaissent plus (sacrilège!) le nom d’Ennio Morricone et ce à quoi il se rapporte, il est certain que d’aucuns ont déjà entendu plus d’une fois une des musiques si particulières de cet incroyable compositeur. Dans un spot télévisé (je me souviens d’une pub avec les Diables Rouges il n’y a pas si longtemps, dans un Tarantino (Inglorious Basterds et la fameuse scène de la mort de Shoshana, Django Unchained) ou de Verbinski (Pirates des Caraïbes, Rango), dans Kick Ass aussi, ou sur une anthologie des meilleurs musiques de film. L’homme est peut-être parfois oublié (l’époque le voulant malheureusement, au gré des musiques qui s’écoutent mais s’oublient très vite sauf rares exceptions) mais sa musique demeure. Car oui, sans doute y’a-t-il eu un après-Morricone dans la musique mais également le monde culturel. Morricone, ce géant pas si grand qui fait voltiger sa baguette de chef d’orchestre tel un dieu, un… Maestro, ce nom qui lui colle à la peau pour l’éternité. Car s’il a commencé sa carrière sur le tard, à 33 ans (en 1961), l’Italien à très vite commencé sur les chapeaux de roue dès 1965 et sa première bande originale mythique pour Pour quelques dollars de plus, musique entêtante et évocatrice dont les “ressorts” et sifflements hantent encore bien des cinéphiles. S’ensuivit une longue série de grandes musiques marquantes s’échelonnant sur 55 ans de carrière et traversant les époques du cinéma (les westerns de Leone, les polars français comme Le professionnel ou le Clan des Siciliens ou l’aventure avec le Ruffian, l’horreur façon Carpenter avec The Thing, le drame avec Mission et plus récemment encore The Best Offer en 2013). Bref l’oeuvre est foisonnante et compte plus de 500 BO de films et 70 millions de disques vendus.

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C’est dire si Ennio Morricone était attendu. Longuement attendu en Belgique. En effet, après deux reports de concert suite à des ennuis de santé et de dos, Ennio s’est présenté sur le coup de 20h30 devant un public déjà comblé aux générations confondues. Et Ennio, en plus de cette salle du Palais 12 archi-comble, n’était pas venu seul: 120 musiciens et choristes derrière lui, fidèles et soumis à la grâce de la musique du Maestro. Et quelle grâce, quelle majestuosité, quelle intensité, j’étais comme le gosse que je suis toujours un peu en entendant l’une de ses musiques. Il y en a pour tous les goûts et tous les solos d’instruments: clavier, trompette, cor, violon, guitare. Et l’aventure commence à bord du vaisseau de ce guide universel, à travers 50 ans de cinéma. Il y a les Incorruptibles pour commencer,  formidable entrée en matière, puis le thème de Déborah dans Il était une fois en Amérique, l’incroyable et totalement oublié H2S fort en piano et en trompettes, gai et entraînant.  Les musiques claquent et s’enchaînent entre nostalgie et intemporalité. “De la musique classique quoi?“, me direz-vous? Non pas que, avec des accents très rocks (Come Maddalena) et très synthétiques prouvant que l’homme est à la liaison des genres, conscient du passé, de son présent et du futur. Les musiques n’ont pas vieilli, et quand Ennio quitte son siège de chef d’orchestre pour se diriger vers les backstages pour y chercher la soliste Susanna Rigacci pour Le bon, la brute et le truand, les applaudissements fusent. Pareil pour l’incandescent Ecstasy of Gold.

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Après quoi, un entracte vient donner un peu de repos à ces hommes qui nous font vibrer depuis une heure. Autant dire qu’on n’a rien vu passer. Et le spectacle reprend déjà avec des sons connus et d’autres moins connus, mais toujours avec la même efficacité. Avec un coup de cœur pour Abolisson issu du méconnu Queimada. Et avant ce que je considère comme l’une des plus belles bandes originales que le cinéma ait compté: Mission et sa suite somptueuse dont le magique Gabriel’s Oboe. Trois (!) rappels plus tard, Ennio Morricone prend congé du public bruxellois complètement debout et séduit. Le compte y est: 2 heures de concert. Non seulement, on n’a rien vu passer mais, en plus, on en redemanderait bien pour quelques heures tant le musicien n’a exploré qu’une pellicule de son oeuvre prospère. En plus, on n’a même pas entendu Mon nom est personne! Si ce n’est cette déception, je ne dirais pas que je peux mourir après avoir vu Morricone, mais on n’en est pas loin. Et les étoiles ne cesseront jamais de briller en souvenir de ce moment unique.

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