Départ de (grand) feu aux Ardentes de Liège 2015

Du c√īt√© de Li√®ge, l’ambiance est toujours connue pour √™tre fort chaude. Et quand vient le d√©but de l’√©t√©, on ne vous dit m√™me pas. Enfin si, on vous l’√©crit, tant ce d√©but d’ardentes, avant m√™me que ne commence le week-end, fut incendiaire. En grands noms mais aussi en r√©v√©lations.

Quatre jours de folies, presque sans dormir, les oreilles au nirvana du m√©lange des genres, √ßa s’appr√©cie, √ßa se vit aussi. Et apr√®s un jeudi fort en r’n’b (on y reviendra sur les belles photos de Natacha Joveneau) qui a vu Starflam assur√© un show du tonnerre et faire un malheur et l’attendu (par un public parfois venu de tr√®s loin vu l’exclusivit√© B√©n√©lux du concert) Kendrick Lamar bien faire le boulot et prouver qu’il est bel et bien √† sa place dans son statut de jeune prodige et roi du hip hop actuel; voil√† arriv√© le temps du vendredi. Et le vendredi, tous les festivaliers le savent, tout est permis. Et notamment les grands √©carts entre des concerts plus intimes et totalement d√©bordants d’√©nergie, entre pop et rap de gangsta, du plus petit nom de l’affiche (mais pas des moindres) au plus grand qui s’affiche en strass et promet du lourd.

Et on a √† peine d√©barqu√© que nous voil√† bouscul√©s dans un monde aux milles saveurs, dans une foule h√©t√©roclite et sous un soleil de plomb, de ceux qui donnent lieu √† une f√™te non-stop DSCN0796et bronz√©e. D’ailleurs, pour notre premier concert, il est temps de se transformer en chercheur d’ombre pour mieux appr√©cier ceux qui cherchent l’or, le duo bruxellois d’Alaska Gold Rush, sur la sc√®ne de l’aquarium. Le monde est d√©j√† au rendez-vous pour √©couter ce groupe qui, avec un premier EP, se permet d√©j√† de belles sc√®nes, et √† raison. L’esprit am√©ricain se ressent dans cette exp√©rience qui convoque les plus grands, de Cash √† Williams en passant par Patton. On ne pouvait r√™ver mieux pour commencer.

Feu! Chatterton, ohhhhhhh ouiiiiiiiiiii

Et alors qu’Hanni El Khatib chauffe la sc√®ne open air de son rock aci√©r√©, on reste au vert et dans l’obscurit√© de l’HF6 pour retrouver ses d√©licieux cadavres exquis que sont Feu! Chatterton. Nous avions d√©j√† pu √™tre conquis lors des Nuits Bota¬†(lors de leur tout premierDSCN0904 concert en Belgique), mais la nouvelle s’√©tait r√©pandue comme une tra√ģn√©e de poudre et d√®s¬†les premiers accords, c’est une v√©ritable foule des grands jours qui s’est engouffr√©e dans le b√Ętiment de la Halle des Foires de Li√®ge. De quoi nourrir la confiance de ce dandy magnifique ¬†qu’est Arthur Teboul, √©gal √† lui-m√™me, souffrant sa musique en grimaces improbables et remettant l’interpr√©tation √† sa digne et noble place. Feu! Chatterton, ce ne sont pas des chansonnettes gentiment dansante, √ßa se vit, √ßa remue. Et quelle f√™te que de voir un groupe comme √ßa! OOOOOOOOOhhhhhhhhh ouuuiiiiiiiiiiiiiiiii. Et quel bonheur de voir que nous ne sommes pas les seuls √† se les dire, le public est sur le cul!

Mais l’heure tourne, et le concert, trop court, touche √† sa fin. Et il est temps de passer d’un temple (celui d’une v√©ritable chanson fran√ßaise et profonde ressuscit√©e) √† un autre, plus DSCN1051psych√©d√©lique et plus capillaire aussi. Un √©clat de soleil sur une guitare et nous voil√† devant le Temples… du soleil. L’occasion de remarquer que les quatre anglais (qui devaient mourir de chaud enserr√©s dans leurs jeans et leurs vestes) sont d√©cid√©ment irr√©sistibles.

Mais une autre maestria nous appelle, celle des incontournables BRNS, qui montent qui montent. Deuxi√®me passage aux Ardentes pour les Bruxellois et confiance et gallon sont de mise. Le set est massif, totalement ma√ģtris√© entre grandes envol√©es. Les cris du public se font entendre, un public hypnotis√© par la beaut√© de ce quatuorDSCN1250 magique. Un public qu’il n’est d√©sormais plus rare de voir r√©p√©ter les paroles du groupe √† la patine magnifique. Et √ßa, c’est d√©j√† une belle victoire pour ce groupe qui se livre corps et √Ęmes √† sa musique.

Dury en barman et Rocky s’en bat le boa

Joke s’√©poumone sur la sc√®ne dans un genre qui ne nous plait gu√®re, du coup, on se dirige du c√īt√© des songwriters anglais qui ont pris possession de l’Aquarium. Dans des genres terriblement diff√©rents, le folkman doux et tendre Tom McRae et cet iconoclaste soiffard (avec un curieux DSCN1395m√©lange entre bouteille de Jack Daniel’s et une canette de Jup’) et s√©ducteur de Baxter Dury ont su rameuter un large public. Bon, d’accord pas aussi large que pour le mythique De la Soul & Big Band qui a servi aux milliers de festivaliers de l’Open air un cocktail des mieux sentis entre jazz, rap et hi-hop. Le groupe n’a pas vieilli m√™me presque 30 ans (!) apr√®s ses d√©buts √† Long Island.

Jusque l√†, la journ√©e sans fausse note fut vite assombri par le faux pas de A$ap Rocky, arriv√© sur sc√®ne avec pr√®s d’une heure de retard. Se prenant peut-√™tre pour le Kendrick Lamar de la veille, le rappeur a non seulement ni√© son nom m√™me (“as soon as possible” mais, non, pas vraiment) et a, pour le coup, un peu sous-estim√© le public avec un m√©lo inodore et sans go√Ľt. Comme si Rocky s’en battait le boa, dans ce mauvais crochet. Bien loin de l’uppercut promis.

“Disons 20 ans…” et √ßa nous convient!

Heureusement… nous n’avions pas √©t√© jusqu’√† l’attendre, pr√©f√©rant prendre la poudre d’escampette et rallier en triple vitesse l’HF6 pour le graal des graal. Un concert de dEUS, √ßa ne se manque pas. Pr√©sageant le grand moment, c’est une foule bien mass√©e qui attendait le Barman et sa fine √©quipe: mieux valait avoir les coudes solides pour en jouer. Puis, les voil√†DSCN1607 qui entrent en sc√®nes, sans fioriture, allant √† l’essence-m√™me de leur rock si l√©gendaire. Barman prend la parole: “On f√™te nos vingt et…, disons vingt ans!“. H√© oui, vingt ans, c’est le bon √Ęge, le bel √Ęge, celui qui permet encore toutes les coquetteries et laisse encore un bel avenir devant, des jours heureux. Et ce vendredi en fut assur√©ment un: le bapt√™me de feu d√®s les premi√®res notes a vite fait place √† un d√©licieux d√©luge et √† une furie in√©galable. Bienvenue dans le domaine des dieux, b√Ęti sur les rugissements d’un Tom Barman dans une forme olympique et sur une guitare en haute et due forme de¬†Mauro Pawlowski sur des chansons intemporelles et best of sans plus aucun secret pour les fans… et dEUS… ou plut√īt dieu sait qu’ils √©taient nombreux dans cette salle ultrabouillante que des pogos sont vite venus chauffer √† blanc. Clou parmi les clous du spectacle, un incandescent Instant Street dont le fracas doit encore trotter dans toutes les t√™tes, aujourd’hui. Du grand art prouvant que d’Anvers √† Li√®ge, il n’y a d√©cid√©ment qu’une seule et m√™me rive suivant le flot d’un rock qui fleure bon le belge et la qualit√©.

Oscar and the wolf, dans un living de milliers d’invit√©s

Bon, on a dit du mal d’A$ap Rocky, tout √† l’heure, ce n’est pas bien! On va quand m√™me se rattraper en disant que gr√Ęce √† lui et son retard, le concert d’Oscar and the Wolf a √©t√© DSCN1667retard√©. Assez que pour permettre √† la foule cons√©quente revenant de dEUS de ne rien rater du show de Max Colombie. Et quel show! Sophistiqu√© et brillant, totalement esth√©tis√©. Le sensationnel (et “chelou” pour certains) Max Colombie est arriv√© en seigneur d’un electropop absolument √©merveillant. Il dansait comme dans son living, le chanteur flamand, sauf que dans ses rondes il entra√ģnait des milliers et des milliers de visages. Un moment suspendu et formidable, une √©clipse inattendue.

Bien s√Ľr, la soir√©e (et m√™me la nuit) s’est prolong√©e jusqu’aux petites heures avec Paul Kalkbrenner, Lost Frequencies ou l’excellent The Avener. Nous, nous sommes rentr√©s. Il reste deux jours √† tenir et quels deux jours! L’anniversaire des Ardentes est, quant √† lui, d√©j√† formidablement r√©ussi.

√Čcrit par Alexis Seny

Alexis Seny