C’est avec le regard du nourrisson qui découvre un nouveau jouet, mais aussi avec les cernes de celui qui enchaine son cinquième weekend de festival d’affilée, que j’ai passé pour la première fois les portes de l’Abbaye de Floreffe. Esperanzah! s’offre enfin à moi, comblant une de mes dernières lacunes en terme d’expérience festivalière.

Car oui, “Esperanzah!” est une expérience à part entière. Le site s’étale sur le flanc de l’Abbaye de Floreffe, dispersant ses nombreux espaces sur différents niveaux. On déambule dans un univers coloré, peuplé de son, de sourire et de lumières, dont chaque dédale débouche sur une nouvelle surprise. Art de rue, animations en tout genre, présence d’associations engagées et citoyennes: petit à petit, le festival s’est construit une identité forte et aujourd’hui, il attire un public qui semble s’épanouir en rêvant le temps d’un weekend à un monde meilleur, un monde dans lequel on résoudrait n’importe quel conflit en organisant une boum.


John Butler_6La programmation de ce premier jour de festival offrait au public des valeurs sûres qui ne pouvaient que faire l’unanimité. On a ainsi débuté la soirée devant la scène côté cour, situé au pied de l’abbaye, qui accueillait un John Butler Trio plus fougueux que jamais. Les trois cowboys surfeurs ont a nouveau fait preuve d’une technicité à couper le souffle. Et quand on ne danse pas contre son gré, c’est qu’on est complètement hypnotisé, les yeux rivés sur les mains de l’australien, dont les doigts flirtent passionnellement avec les cordes de sa guitare, s’accélérant jusqu’à ce que nos yeux n’arrivent plus à les suivre. Un véritable gang-bang digital qui force le respect! Véritable dieu de la guitare acoustique, chantre d’un pop-rock-country universel, le trio nous a offert un pur moment de bonheur et de détachement.

Aussitôt le set terminé, nous entamons l’ascension du site pour rejoindre la deuxième grande scène du festival, côté jardin. Alpha Blondy s’y produira dans quelques instants. Nous déboulons sur l’esplanade de l’abbaye, face à une scène sans fond, plongeant vers l’horizon et baignée de lumières chaudes, se détachant d’un ciel embrasé par le coucher de soleil. Le spectacle est magnifique, à tel point qu’on se surprend à regarder le programme du lendemain en croisant les doigts pour que le line-up nous emmène à nouveau ici à la même heure.

Alpha Blondy_7La nuit pointe le bout de son nez avant qu’on aperçoive celui d’Alpha Blondy. Le concert débute alors avec l’arrivée des musiciens, qui s’installent les uns après les autres sur le son d’une intro déstructurée, mêlant électro et samples de tubes du reggae man ivoirien. On sait qu’Alpha Blondy aime se faire attendre, faire mousser le public. Et il n’a pas dérogé à la règle puisque c’est après plus de dix minutes que l’illuminé monte enfin sur scène, adoptant la posture d’un messie venu nous délivrer de nos péchés, exorcisant nos tords à grand coups de basse chaloupée. Nous assistons à un set léché, hyper efficace, composé de tubes inconditionnels qui font l’unanimité depuis presque 20 ans. Le tout est d’une qualité irréprochable, bien que cela manque un peu de surprise. Mais la personnalité complètement allumée de l’Ivoirien fait toujours son petit effet, ponctuant sa prestation de tirades évangélistes, de plaidoyer pour la paix au nom de Dieu (et de tous les dieux d’ailleurs), poussant son auto-proclamation de missionnaire jusqu’au point de non-retour, à la limite du malaise qui devient palpable dans le public.

On redescend ensuite vers la scène Côté Cour, où se passera la fin de soirée, en s’arrêtant en chemin devant la Scène Découverte pour le set de Atomic Spliff, qui relève au pied levé les franco-cubain de Ibeyi, annulé à notre plus grand malheur quatre heures avant l’ouverture des portes à cause d’une extinction de voix de la chanteuse. Le band liégeois, au nom révélateur, mené par Daddy Cookiz et Stoneman, nous sert un rub’a’dub saturé d’un flow “so nineties”, qui n’est pas sans nous évoquer avec nostalgie le ragga « droit au but » des français de Raggasonic.

Mais on ne s’y attardera pas trop longtemps puisque Starflam s’apprête à mettre le feu à la scène Côté Cour, balançant un rap nostalgique empreint de cette belgitude toute particulière qui est la leur. Mené par l’indémodable Akro, le collectif liégeois, qui a créé l’événement en faisant son grand retour il y a quelque mois à peine, nous a servi un hip-hop très old school comme on n’a plus l’habitude d’en voir. Si l’ensemble nous a tout de même paru un plat, le set fut ponctué d’inévitables tubes qui ont mis tout le monde d’accord. Assister à un concert de Starflam est une expérience qui est systématiquement accompagnée d’un agréable sentiment d’être chez soi, d’assister à quelque chose de notre cru. Et ça, ça fait du bien!

La soirée se terminera avec les français de Synapson et leur DJ set électro à couper le souffle, empruntant à la fois aux rythmiques africaines, à la soul et au swing. Une injection de bonne humeur avant de reprendre le chemin du camping, où la fiesta poursuivra son chemin jusqu’aux petites heures, en attendant une deuxième journée de festival riche en émotions.

À demain!Ambiance_4

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