Ibrahim Maalouf¬†et sa joyeuse bande √©taient √† l’AB ce 8 avril

Ibrahim Maalouf fait partie de ces artistes qui vivent plusieurs vies. Mais si beaucoup vivent plusieurs vies successives, il r√©ussit l’exploit de les vivre simultan√©ment.¬†Le 25 septembre dernier, l’artiste franco-libanais sortait le m√™me jour deux albums, Kalthoum et Red & Black Light. Beno√ģt Demazy √©tait lui aussi de la partie, il nous livre son ressenti.

Il √©tait en Belgique √† l’automne pour d√©fendre le premier sur sc√®ne, au Centre culture de Huy.¬†Ce jeudi, c’est √† Bruxelles (√† l’AB) qu’il a d√©pos√© sa trompette, sous les lumi√®res rouges et noires.

Deux albums, deux ambiances.

Si le premier, un hommage √† l’artiste √©gyptienne Oum Kalthoum, voguait entre le jazz et les musiques du monde, ¬ę¬†R&B Light¬†¬Ľ se veut plus rock. Le changement de salle le montre d√©j√†¬†: fini l’ambiance feutr√©e d’un concert assis, bienvenue dans l’antre bruxellois du rock et de l’√©lectro.

Bon sang ne saurait mentir, la trompette d’Ibrahim Maalouf reste bien entendu l’√©l√©ment central du concert mais les sonorit√©s lorgnent tant√īt vers le rock progressif des seventies, tant√īt vers des r√©f√©rences plus funky voire vers l’√©lectro. Le m√©lange des genres est clairement au programme ce soir¬†!

La sc√®ne de l’AB n’est pas de trop pour accueillir Ibrahim et ses musiciens¬†: si le concert d√©bute en formule light avec trois musiciens ‚Äď les excellents St√©phane Galland √† la batterie, Eric Legnini au clavier et Fran√ßois Delporte √† la guitare -, pas moins de cinq autres musiciens le rejoindront progressivement sur sc√®ne, une belle section cuivre avec trois trompettes, un second clavier et un bassiste.

Sans oublier un danseur qui le temps d’une chanson sera le double du trompettiste pour un effet ‚Äď simple mais efficace ‚Äď jeu d’ombre chinoise d’o√Ļ l’esprit de Michael Jackson n’est pas totalement absent.

Habitude dans ces concerts¬†: Ibrahim Maalouf aime parler, expliquer, donner du sens √† sa musique. La musique a une signification r√©pond-t-il √† un spectateur √©m√©ch√© qui voudrait qu’il se contente de jouer de la musique.

Il nous parle de la gen√®se de cet album hommage aux femmes de sa famille et par extension √† toutes les femmes, du clin d’oeil d’Elephant’s tooth √† la ville o√Ļ sa m√®re est n√©e, l√† o√Ļ tout a commenc√©.

Le tout ressemble parfois √† un joyeux bordel, une f√™te entre amis o√Ļ l’improvisation est reine¬†: le show est pourtant r√īd√©, maitris√©. Ibrahim Maalouf se fait plaisir sur sc√®ne, c’est incontestable mais il n’en est pas moins un artiste rigoureux, pr√©cis. Il ne maitrise cependant pas tout¬†: comme ce lacet d√©fait √† sa chaussure, qui l’emp√™che de se concentrer sur Nomad’s Lang.

Sur Red & Black, l’hymne des choses essentielles, il met le public √† contribution et √©voque la collaboration avec Safy Nebbou pour la musique du film ¬ę¬†DaIMG_20160408_211728ns les for√™ts de Sib√©rie¬†¬Ľ qui sortira en juin. L’occasion de projeter quelques images du film derri√®re les musiciens. Alors que le public est chauff√© √† bloc par un concert puissant, Ibrahim r√©ussit √† faire taire le public en quelques secondes, le temps d’√©couter la respiration de Rapha√ęl Personnaz dont la t√™te apparait en plein √©cran… avant de reprendre de plus belle la musique.

Il enchaine alors avec une ambiance plus reggae / ska pendant que d√©file sur le m√™me √©cran la vid√©o ¬ę¬†Red & Black Light Project¬†¬Ľ tourn√©e en ao√Ľt dernier, et dans laquelle il filme des centaines de passants √† New York en leur demandant le mot le plus important pour eux.

Les musiciens se l√Ęchent, l’ambiance se veut klezmer. Les instruments de pr√©dilection sont provisoirement abandonn√©s pour une jam √† quatre qui rappelle les tambours du Bronx, une cornemuse fait son apparition, Ibrahim rejoint les trois trompettistes pour compl√©ter la section cuivre… On se croirait quelques instants dans le New Power Generation Hornz de Prince.

C’est la f√™te sur sc√®ne¬†! L’impression de vivre plusieurs concerts en un seul. M√™me Beyonc√© fait une apparition √©clair… du moins sa chanson Run the world, magistralement reprise par Ibrahim Maalouf (et qui avait donn√© en d√©cembre un clip salutaire √† l’√©poque o√Ļ l’√©tat d’urgence et la d√©ch√©ance de nationalit√© alimentait toutes les discussions).

Les rappels s’enchainent, on sent bien que la joyeuse bande prend du plaisir, comme avec ce final de Ya Hala en version hard-rock.

Mais tout a une fin et c’est avec Lily ‚Äď comme pour le concert Kalthoum en novembre dernier, histoire de rappeler qu’il y a certes deux albums mais il n’y a qu’un Ibrahim Maalouf ‚Äď que le concert se termine, hommage √† sa fille Lily o√Ļ le public est une derni√®re fois mis √† contribution.

Et si vous ne savez pas siffler, chantez !

Ibrahim Maalouf sera de retour en Belgique cet √©t√©, au Festival les Ardentes le 6 juillet et au Gent Jazz Festival le lendemain ‚Äď et oui, toujours cette capacit√© de passer d’un univers √† l’autre en quelques heures. Pour les aficionados, un rendez-vous √† ne pas manquer sera sans conteste la fin de l’ann√©e, avec la f√™te organis√©e √† l’occasion de ses dix ans de tourn√©e: le 14 d√©cembre √† Paris Bercy (Accor Arena). Avec les nombreuses collaborations qui ont √©maill√© ces dix ans de musique, on ne prend pas un grand risque en disant que des invit√©s prestigieux tels que Oxmo Puccino ou Ya√ęl Na√Įm pourraient √™tre aussi de la partie.

(Messages aux amateurs de vinyles : Kalhtoum et Red & Black Light sont enfin disponibles en vinyle.)

√Čcrit par Alexis Seny

Alexis Seny