Nuits Bota 2016: RY X, un phĂ©nomène inexpliquĂ© Ă  l’Orangerie

Quand je vais Ă  un concert, il est rare que je ne me sois pas renseignĂ© Ă  l’avance. Ce mercredi soir, pourtant, j’avais dĂ©cidĂ© de mettre mes oreilles Ă  l’aveuglette et de suivre les envies de ma soeur (chronique Ă  lire ici) Ă  la rencontre de l’univers plus magique que musical du tendre gourou australien RY X.

Et une fois passĂ© les militaires et policiers, on se dit que dĂ©cidĂ©ment rien n’Ă©branlera le pouvoir de la musique et de ces moments entre gens de bonne compagnie. On n’a plus peur du noir, alors on rentre dans l’Orangerie dĂ©jĂ  bien garnie de spectateurs. Ici, certains sont venus plus pour la première partie que la deuxième. Nos voisins font leurs comptes: “T’imagines qu’on a payĂ© 20€ pour voir les 30 minutes du projet solo d’un des gars de Balthazar?” Pas question de mage, ici mais bien d’un ectoplasme, d’un monstre du Loch Ness surgissant depuis quelques annĂ©es sur de rares scènes avant de disparaĂ®tre dans les limbes.

En effet, cultivant l’art de la surprise, voilĂ  que prend place Warhaus, sorte de supergroupe Ă  la belge (comme l’est Gonzo) emmenĂ© par Maarten Devoldere (Ă©vadĂ© de Balthazar, donc) en compagnie de Sylvie Kreush (de Soldier’s Heart dont la popularitĂ© doit encore s’installer en francophonie) et de Jasper Maekelberg (de Faces on tv). Et il semble que le groupe encore bien mystĂ©rieux se concrĂ©tise enfin avec un premier single rĂ©vĂ©lĂ© il y a quelques jours, “The Good Lie”, et un album qui devrait voir le jour (“We f****d a flame into being”). Enfin, en attendant, c’est sur la scène de l’Orangerie que Warhaus accomplit toute son Ă©trangetĂ©, faisant liaison entre le monde de la nuit, confidentiel, et l’adoration publique.

Et pour le coup, mieux vaut ne pas avoir peur d’ĂŞtre bousculĂ©, chahutĂ©, heurtĂ©. Car la musique de Warhaus ne ressemble Ă  rien de connu. Ça commence dans les cris stridents des trompettes et sur la danse magnĂ©tique de Sylvie Kreush, magnĂ©tique poupĂ©e ensorcelĂ©e par ce jazz dĂ©cadent qui Ă©voque les volutes torturĂ©es d’un Gainsbourg. Ici, on n’a pas peur de crier, d’exalter, on s’attend Ă  voir surgir l’un ou l’autre monstre d’un cirque Freak de la pĂ©nombre. Ou peut-ĂŞtre est-ce le fantĂ´me de Tom… Waits? La loopstation tire d’ailleurs des sons et des boucles qui n’ont rien d’humain. Warhaus est dĂ©routant autant qu’incroyablement personnel. Souterrain et urbain, Warhaus est d’ores et dĂ©jĂ  incontournable.

Le temps d’une courte pause, on revient Ă  un semblant de normalitĂ©. VoilĂ  venu le temps des bougies. Atmosphère veillĂ©e et rĂ©demption pour accueillir l’australien, un peu hipster sur les bords, RY X. TraĂ®nant dĂ©jĂ  une solide rĂ©putation, dans The Acid notamment, RY X est un sĂ©rieux rĂŞveur, Ă  un tel point que ses rĂŞves, trop grands pour lui, il nous plonge dedans sans dĂ©lai. Ma soeur m’avait dit que c’Ă©tait bien, force est de constater que c’est mieux que ça. Dès les premiers morceaux, RY X impose son ambiance, entre le clavier, le violon et le violoncelle. Aux-cĂ´tĂ©s d’une batterie qui Ă  certains moments, jouera si fort qu’on croirait qu’elle veut perturber le rĂŞve. Et la voix de RY s’Ă©lève, divine, incroyablement divine. Touchante, toute la salle est hypnotisĂ©e.

Blogueur branchĂ©, je tweete et “instagrame” vite fait: “‪#‎RyX‬ transforme le Botanique en cathĂ©drale. Prenant et inquisiteur de nos rĂŞves. InouĂŻe dĂ©couverte.” C’est vrai que pour peu qu’il continue ainsi, ce personnage encore inconnu pour moi jusqu’ici risque de me donner les frissons intenses du meilleur concert de ma vie. Et il continue ainsi, trop malheureusement. Le guitariste et musicien peut compter sur ses textes très forts et Ă©vocatifs. Pourtant, il se perd un peu en rentrant toujours dans le mĂŞme schĂ©ma: des chansons longues, commençant doucement avant de prendre envergure et puissance et de se transformer en longue transe musicale. Au fil du concert, tous les titres se ressemblent peu Ă  peu. Heureusement, des chansons comme Beacon et Deliverance apportent un peu de diversitĂ© Ă  ce concert au supplĂ©ment d’âme incontestable. Mais trop tard, j’ai dĂ©connectĂ©, et suis retombĂ© sur terre. Restera quand mĂŞme un concert fort aux limites de l’Ă©pique mais tout en douceur et la timiditĂ© de cet Australien qui semble pourtant venir d’un autre monde. Le public est totalement sĂ©duit, et les acclamations durent longtemps.

Écrit par Alexis Seny

Alexis Seny