Nuits Bota : Salut C’est Cool, ça devrait être remboursé par la Sécu…

Mercredi soir. Je passe les portes du Bota et me dirige vers le vestiaire pour y déposer mon cerveau. Je n’en aurai pas besoin ce soir, il risque de m’encombrer plus qu’autre chose. Puis, direction le bar, sans détour. Je commande cinq bières. Quatre pour moi, et une de plus, au cas où. Après en avoir bu trois sur place – parce que je n’ai que deux mains – je me dirige vers le parc, pour tâter l’ambiance. Je croise une coupe mulet qui promène son propriétaire. Je lui offre ma dernière pinte, par amour. Les gens sont sympathiquement laids. Des K-Way couleurs vomi de plasticine, des lunettes fluo, des casquettes Belgacom et des chaînes en or (mais en fait en plastique) s’engouffrent dans le chapiteau, d’où s’échappent les premiers beats techno de la soirée. Un frisson de bonheur me parcourt l’échine. Et je frétille d’impatience. Rhaaaa, ce soir, c’est mon Salut C’est Cool annuel. Et p’tain que ça va faire du bien…

8d5274246d2d2aae336bab4f353acc6b.1000x563x1C’est à Jacques que revient l’honneur d’ouvrir le bal. Jacques a dit « Jacques c’est Jacques. Mais Jacque + Jacque = Jacques. Mais c’est le même. » Jacques dit aussi faire de la techno transversale. Ca ne veut absolument rien dire mais on est super d’accord avec lui. Il dit vouloir écrire des musiques pour que les normaux et les bizarres dansent ensemble. Et en plus de le dire, il le fait. Et ça, c’est bien ! Pour le dire avec des mots presque normaux, on assiste à un set magistral qui nous balance une sorte de techno minimaliste et organique aux accents tribaux, agrémentée de lancinantes et maladroites complaintes. Et parfois même de riffs jazzy. Parce que si Jacques fait de la musique électronique, il fabrique maison chacun de ses beats avec des p’tits bouts de quotidien et les incorpore en live dans son oeuvre. Jacques joue à la fois de la guitare électrique, de la barre de fer, de la feuille de papier, de la clochette, du bic quat’couleurs, du jingle RTBF, de la météo ou encore de l’extincteur. Bon, l’extincteur, c’est peut-être plus pour le décors. Jacques, c’est un peu ma découverte full love de ces Nuits Bota 2016. Une expérience que je renouvellerai avec beaucoup de plaisir.

Vient ensuite Kenji Minogue, ce couple de flamands complètement allumés qui nous défoncent la tronche à grands coups d’une espèce de chose musicale que j’aimerais pouvoir qualifier d’électro-trash, sans vraiment oser l’affirmer. Je pense avoir passé la moitié du concert à me dire: « putain, comment je vais écrire là-dessus, moi… » Je ressors de ce show avec une soupe de mots dont je suis incapable de faire des phrases…

Génie, bière, crade, kitsch, euphorie, metal/dance, bière, epilepsie, bazooka, fluo, talent, camping-car, bière, révélation, orgasme, illumination, Vondel-zombie, bière, kermesse, dégoût, ragoût, bière, bière, malsain, viol auditif consentant, belgian powaaa

En fait, c’était complètement dément, du génie dosé au camion-benne. Il faudra que je les revoie pour voir si ça fait toujours le même effet passé le cap de la découverte, mais dans le genre barré, on fait pas grand-chose de mieux. J’ose même pas imaginer ce que ça fait quand on comprend les paroles…

Ch’tite pause. Le temps de se ressourcer sous les derniers rayons de soleil de la journée : un bol d’air frais et un stock de provisions au bar extérieur. À peine les premiers beats techno résonnent que les retardataires accourent de toutes parts vers le Chapiteau pour ne rien rater du show kitschissime qui nous attend. Je me replonge dans l’antre pour l’apogée de la soirée, celle que nous attendions tous : le concert de Salut C’est Cool. Il y a quelques mois, je définissais les techno-crades français comme « quatre gros nazes revendiqués qui ont élevé au rang de religion la métaphysique du mauvais goût et de la honte », bien que eux préfèrent dire qu’ils ont redéfini la notion de beauté. Et ben, si ça peut donner une bonne idée de ce qu’ils sont, c’est aussi totalement faux. La musique de Salut C’est Cool est une ode à la joie qui se présente comme une techno super propre, sans fioriture, droit-au-butiste et auto-suffisante. En même pas une minute, le chapiteau bondé à l’excès se transforme en une véritable fournaise. Les corps s’emmêlent et se superposent de manière surnaturelle. J’assiste à un véritable gloubiboulga humain et je me laisse aller entièrement au voyage excentrique qui me dépossède de mes facultés cognitives. Pendant 90 minutes d’affilée, la scène est envahie par le public, à tel point qu’on ne distingue parfois plus les artistes de la masse de mecs complètement cramés qui semblent réagir bizarrement à la pleine Lune, alors que c’est même pas la pleine Lune. Les gars déambulent sur scène en chantant leur philosophie de camping-car psychotrope et font des trucs chelou qu’on comprend pas toujours. Ils s’emballent dans des banderoles de plastique dégueulasse, font du didgeridoo dans des rouleaux de papier toilette géants, réorientent manuellement le light show avec des miroirs de poche, se ligotent les uns les autres avec du tape, plongent le public dans le noir pour jouer avec leur lampe de poche. Le chef d’oeuvre d’absurdité et de négation intellectuelle qui se déroule devant moi (en moi?) n’a d’égal que la taille des pupilles de mon voisin de gauche. Une véritable attraction à sensations extrêmes. Ça sent la bière, la sueur acide et l’amour sans lendemain. Le plein de bonheur à l’état brut. Un concert de salut C’est Cool par an, ça devrait être remboursé par la sécu. Honnêtement, je pense avoir très rarement vu dans ma vie de concerts à l’ambiance aussi démentielle. En fait, ces mecs sont de véritables génies, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.

L’ami d’un ami d’un mec que j’ai rencontré une fois aux pissotières du Festival de Dour disait toujours : « toutes les bonnes choses ont une fin, sauf les concerts de Salut C’est Cool, qui en ont deux ». Et en effet, j’assiste pour la première depuis bien longtemps à un VRAI rappel, alors que le public en braise scande d’une seule voie “La Purée”, un de leurs titres phares, toutes les lumières de la salle étant déjà rallumées. Je me jette donc corps et âme dans ce dernier sprint inattendu que nous offre le groupe avant de toucher Terre et de reprendre connaissance.

Les Nuits Bota nous ont offerts pour le coup une vrai soirée no brain. Et franchement, ça valait toutes les cures du Monde ! Probablement LE super-combo de ces Nuits Bota 2016.

Écrit par Jonathan Piroux

Jonathan Piroux

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