Queen + Adam Lambert, des joyeux joyaux de la couronne toujours suprĂŞmes

C’est peu dire qu’on l’aura attendu un long moment ce concert! AnnulĂ© l’annĂ©e passĂ©e, les deux baroudeurs Brian May et Roger Taylor et le prince hĂ©ritier Adam Lambert n’ont cette fois pas failli, en tenant toutes leurs promesses dans un Palais 12 transformĂ© en stade totalement assujetti Ă  une couronne qui n’a pas fini de briller de mille feux.

19h45, le concert ne doit commencer qu’Ă  20h pourtant la musique d’ambiance retentit dĂ©jĂ  derrière le rideau bleu ornĂ© du Queen Crest, une couronne, deux lions et un gigantesque phĂ©nix. La porte aux lĂ©gendes ne demande qu’Ă  tomber et le public ne se le fait pas dire, galvanisĂ© par la musique qui va crescendo avant de retomber. Le mythe n’est pas encore sur scène que dĂ©jĂ  il s’amuse avec le public. Puis le bruit se fait plus retentissant, la pression monte et les images nous arrivent sur les deux Ă©crans placĂ©s Ă  cĂ´tĂ© de la scène. Portrait des artistes en sportifs. Comme dans un polar, la camĂ©ra passe dans les coulisses, près des fly case avant de montrer le band qui s’avance en champions. Tel Rocky, Roger Taylor s’Ă©chauffe avant de prendre place derrière la batterie. Adam Lambert pointe le public du doigt, Brian May brandit le poing. Puis c’est l’escalier qui mène vers la scène. Le spectacle peut commencer, et le rideau tomber!

Adam, prince héritier

Le dĂ©cor est impressionnant, une sorte de rollercoaster autour d’un oeil gigantesque qui diffusera tout le long les superbes images du concert. Pour l’heure, c’est One Vision. Quelques notes et le show intense commence entre la guitare dĂ©mente de Brian May et les baguettes de Roger Taylor qui s’Ă©crasent sur la batterie. Quant Ă  la voix d’Adam Lambert, elle brille dĂ©jĂ  par sa technique, son souffle. On a beaucoup parlĂ© ces derniers temps du remplacement de Brian Johnson par Axl Rose au sein d’ACDC. Le jeune amĂ©ricain prouve Ă  lui seul qu’un tel remplacement, ou plutĂ´t une relève, est possible. L’idĂ©e n’est pas d’Ă©galer Freddie, encore moins de l’imiter (on se dit qu’il faudrait bien plus d’un seul homme pour se hisser Ă  hauteur de Mercury, un peu comme dans le film I’m not here, oĂą plusieurs acteurs incarnaient les personnalitĂ©s de Bob Dylan), mais de lui faire survivre l’immense patrimoine culturel du groupe anglais. Et force est de constater qu’Adam Lambert y rĂ©ussit plutĂ´t bien en petit frère hĂ©ritier d’une fameuse couronne. Tour Ă  tour grandiloquent, diabolique, possĂ©dĂ©, le petit prodige prouve qu’il a entièrement sa place aux-cĂ´tĂ©s de May et Taylor. Adam incarne tout Ă  fait la théâtralitĂ©, plus que le showman, que Mercury mettait au service de ses concerts.

Quel cinéma!

S’adressant au public une première fois, Adam demande pardon au public d’avoir loupĂ© le rendez-vous de 2015: “I was so fucking sick“. Puis toisant la paire de haut-talon qui lui servent de piĂ©destal, il rigole: “mĂŞme eux, j’aurais Ă©tĂ© incapable de les porter“. C’est bien volontiers que le public l’excuse. Il y a des jeunes, des vieux, de tous les âges, en fait: pourtant, devant ces gĂ©ants revenants, nous ne sommes tous que des gosses Ă©merveillĂ©s qui connaissons les moindres paroles des chansons jouĂ©es, des plus populaires aux moins connues. Il règne une ambiance de folie. Et si les bras se lèvent et les corps sautent, difficile de louper ce qu’il se passe sur la scène tant l’Ă©quipe de camĂ©ramen font un boulot de titan. On est bien loin du simple compte-rendu visuel Ă  l’emporte-pièce, il y a une rĂ©elle mise en scène. Avec camĂ©ras embarquĂ©es sur les guitares et la batterie, s’il vous plaĂ®t! C’est tout simplement du cinĂ©ma qui ne fait qu’apprĂ©cier encore plus ce concert monumental.

De Queen en King

Et on ne perd rien de ce qu’il se passe sur la scène: l’amusement bon enfant des musiciens, Adam Lambert qui se dĂ©nude un rien et joue Ă  Ă©paule tatoo, les solos dantesques de Brian May et la passation (?) de pouvoir entre Roger Taylor et son fils Rufus dans une battle de batterie pas piquĂ©e des vers. Puis, le groupe s’est adaptĂ© aux nouvelles technologies comme le montre le dĂ©licieux Brian May qui s’essaye au selfie Ă  360°. Les chansons, elles, se succèdent, passant dans toutes les inflexions qu’a pu avoir Queen, dĂ©cennies après dĂ©cennies. Ça parle d’amour et de libertĂ©, dans une fĂŞte sur-mesure. FĂŞte Ă  laquelle le groupe convie quelques personnalitĂ©s. Freddie forcĂ©ment, rappelĂ© de l’au-delĂ  pour quelques heures sup’ que personne ne boudera, en duo intimiste (comme Ă  Wembley) avec Brian sur le très touchant Love of my life. Puis, c’est David Bowie qui pointe le bout de son nez de joker pour un très Ă©mouvant Under Pressure. On se surprend le regard perdu dans le ciel, “P**** c’qu’ils doivent s’amuser la-haut!” Dernier de la trilogie et non des moindres, le King dont Adam Lambert s’amuse quelques secondes Ă  emprunter les mimiques et la voix pour Crazy little thing called love.

Et ainsi passent les deux heures de concerts ponctuĂ©es de tubes intemporels (I want it all, I want to break free, A kind of magic chantĂ© impeccablement par Taylor, Another one bites the dust, Radio Gaga Ă  l’ère de Big Brother ou un Bohemian Rhapsody lancĂ© Ă  toute allure par une incroyable intro sans fin et qui voit apparaĂ®tre une nouvelle fois ce petit malin de Freddie), d’un sens de l’Ă©motion (le très prenant Who wants to live forever) mais aussi du spectacle (comme ce moment astrophysicien oĂą Brian May s’Ă©lève pour un solo de guitare stratosphĂ©rique). Ă€ l’heure d’un rappel show bouillant, Queen joue sans surprise We will rock you et We are the champions. HĂ© oui, il n’y a pas eu besoin de regarder le match pour dire qu’ils le sont, encore et toujours, Ă  jamais. Et nous, on en aurait bien repris pour perpèt’ de ce concert hors-norme qui salue (plutĂ´t que de la trahir) la mĂ©moire de Freddie et restera dans nos mĂ©moires très longtemps!

Un concert proposé par Next Step

Écrit par Alexis Seny

Alexis Seny