C’est sous les verrières du Botanique qu’Omar Souleyman nous revient avec ‘To Syria, With Love’. Ce troisième album, réalisé sous la coupe du label berlinois Monkeytown Records, ne livre aucune rupture du style : des sons frénétiques et sensuels, boostés par quelques émirs de l’électro.

Omar Souleyman est sans doute le chanteur issu du monde arabe le plus populaire sur la scène internationale à l’heure actuelle. Réfugié en Turquie, l’artiste refuse de parler politique et de se prononcer sur la situation de son pays natal. En 2018, ce choix sonne légèrement creux. Est-ce par conviction ou par convention?

Sur le plan lyrique, la musique d’Omar Souleyman explore la romance et la camaraderie, thèmes persistants sur ce troisième album. Il assume pleinement ces sujets universels, qui, dit-il, l’aident à faire face aux problèmes croissants de son pays. Et ce n’est pas la contribution de quelques émirs de l’electro (Four Tet, Gilles Peterson, Modeselektor entre autres) qui viennent modifier ses fondamentaux.

En effet, rien de nouveau, rien de surprenant. Lunettes noires et keffieh rouge, une posture imperturbable, Omar Souleyman nous livre un concert sans surprise. Outre l’énergie débordante de son claviériste, l’artiste fait du surplace, coincé par des arrangements un peu trop calibrés.

C’est derrière les rideaux feutrés de la salle de l’Orangerie que le spectacle commence. Omar s’y cache et lache ses premières intonations bien connues. Il nous fait languir, se fait attendre. À sa vue, le public se déchaine. Il sourit et agite les bras de manière nonchalante. Sa réputation n’est plus à faire, et il le sait. L’effet de surprise passé, le personnage arpente la scène, tranquillement, en attendant que le temps passe. Outre les quelques sourires glissés au public, le show est rodé et laisse très peu de place à la spontanéité et à l’échange. Même les plus férus de debkeh – « la danse du pied», dont il est devenu le médiateur planétaire – diront que l’artiste ne les aura pas fait vibrer. On ne danse plus épaule contre épaule, on s’agite vaguement sur des sons qui rappellent le beat d’Everybody dance now de Bob Sinclar. Souleyman s’installe définitivement sur le dance-floor mondialisé aux côtés du raï et de la jeel égyptienne.

Après seulement 50 minutes de concert et un furtif shukraan (merci), Omar Souleyman se retire de scène, pour ne plus revenir, malgré les faibles rappels. Nous sommes en reste, mais peu étonnés. C’est paraît-il, sa marque de fabrique.

Écrit par Thaïs Baugniet