Les femmes dans le game au Festival La Belle Hip Hop

Huit lieux, huit rendez-vous et des artistes venant de huit pays dont les États-Unis, la France et bien sûr la Belgique : La Belle Hip Hop, c’est une programmation 100% féminine, qui brasse toutes les disciplines du mouvement. Pour cette seconde édition, le festival s’est à nouveau ouvert le 8 mars, une date hautement symbolique.

SoirĂ©e d’ouverture du Festival La Belle Hip Hop © Ahmed Bahhodh

La Belle Hip Hop voit le jour le 8 mars 2017, Ă  l’occasion de la journĂ©e internationale de lutte pour les droits des femmes. Le festival entend bien mettre en valeur la nouvelle vague fĂ©minine qui dĂ©ferle sur le milieu du hip-hop, un univers qui Ă©tait encore il y a peu, essentiellement masculin. Les organisateurs dĂ©sirent « briser les stĂ©rĂ©otypes » qui collent encore aux arts urbains. « Il y a de plus en plus d’artistes fĂ©minines hip-hop en Belgique, ce qui est encourageant« , s’enthousiasment-ils. « Quand on parle de hip-hop, les gens pensent très vite que c’est un milieu d’hommes, pas toujours sĂ»r. Avec ce projet, nous dĂ©sirons faire Ă©voluer les mentalitĂ©s et vĂ©hiculer un message de respect et d’unitĂ© dans la diversitĂ©. » La Belle Hip Hop est d’ailleurs nominĂ© aux Diwan Awards 2018, dans la catĂ©gorie « Art & Culture », un gala qui rĂ©compense les talents issus de la diversitĂ©.

La nouvelle vague féminine du hip-hop

Le festival s’est en effet donnĂ© pour mission de dĂ©samorcer un clichĂ©, ou du moins de le nuancer : non, le rap et le hip-hop ne sont pas des genres exclusivement animĂ©s par les hommes. Les femmes y occupent aujourd’hui une place non nĂ©gligeable. MĂŞme si le rap prend ses racines au sein des gangs amĂ©ricains, et qu’une image très macho lui colle Ă  la peau, les artistes Kab & Lipass – deux des MC’s Ă  l’affiche ce soir-lĂ  – affirment dans une interview accordĂ©e Ă  BX1, qu’on se trompe totalement en pensant que la scène hip-hop est strictement masculine. D’ailleurs, le public est rĂ©ceptif et il n’y a pas de rĂ©sistance Ă  ce qu’elle soit fĂ©minine !

La rappeuse amĂ©ricaine Pinqy Ring nuance ces propos lors du dĂ©bat d’ouverture sur la place de la femme dans le milieu du hip-hop. Elle raconte les difficultĂ©s qu’elle a rencontrĂ©es dans son cheminement pour devenir rappeuse. « J’ai voulu arrĂŞter des dizaines de fois, mĂŞme la semaine passĂ©e encore ! Parce qu’en tant que femme, vous devez travailler deux fois plus dur qu’un homme, raconte la rappeuse. Mais je remarque que c’est le cas dans beaucoup d’autres milieux professionnels : les femmes doivent travailler beaucoup plus dur! Mais la rĂ©compense, c’est quand je vois une jeune femme venir me voir et me dire qu’elle a envie de faire du rap parce qu’elle m’a vue. Beaucoup de choses doivent changer dans le hip-hop, le sexisme et la sous-reprĂ©sentation des femmes; lentement mais sĂ»rement, nous amenons ce changement« .

Pinqy Ring © Ahmed Bahhodh

Preuve que la scène hip-hop féminine est universelle, c’est dans la salle de l’Orangerie au Botanique que ce sont succédé sur scène Blu Samu (BE), MC Manmeet Kaur (IN), Krtas’Nssa (MA), Pinqy Ring (US), Malikah (LB), Bgirl Roxy (GB), Dee MC (IN), Ayben (TR), Kab & Lipass (BE) et Gavlyn (US). Autant d’artistes que d’influences, de la trap au boom bap, des mélodies soul aux samples world. C’est l’essence du hip-hop et de la diversité qui la compose qui est représentée par ces femmes qui se succèdent sur la scène, tout au long de la soirée.

Dans ce marathon de concerts, j’en ai profité pour attraper Blu Samu en interview !

Un moment exquis avec une artiste affirmée et sensible. C’est dans un recoin de la salle du bar du Bota que je fais la rencontre de Salomé, alias Blu Samu.  « J’ai toujours kiffé le bleu, il fallait que je trouve un nom dans lequel il y ait cette couleur. Et puis, je me suis dit qu’il fallait un truc catchy et marrant en même temps ! Et comme j’adore les Samouraïs, c’est devenu Blu Samu ».

Blu Samu © Ahmed Bahhodh

Figure montante de la nouvelle vague féminine du hip-hop, Blu Samu est une rappeuse-compositrice-interprète belgo-portugaise. Originaire d’Anvers, elle fait désormais partie intégrante la scène hip-hop bruxelloise. Elle vit avec ses potes du 77 et voyage à travers le pays avec Zwangere Guy. Elle se balade volontiers sur une très large palette musicale : du hip-hop à la soul, de la musique brésilienne au funk. Ses différentes compositions sont le reflet de ses pensées, lieu où la pudeur n’a pas sa place.

Mais c’est depuis la sortie de son EP «BLUE» en 2015 que la musicienne a rapidement fait de nouveaux adeptes grâce à son mélange intuitif de hip-hop et de soul. Influencée par les grands hits des années 2000, elle s’inspire aujourd’hui d’artistes telles que Lauryn Hill, Erykah Badu et Nathy Peluso: « Après, Beyoncé et Rihanna, elles sont là aussi. Et au final, toutes ces femmes m’ont influencée ».

« Je suis très honorée de faire partie d’un festival comme La Belle Hip Hop, explique Blu Samu. Bien-sûr je me sens liée aux femmes, mais aux hommes aussi. En fait, je n’essaie pas de me revendiquer au féminin. La féminité pour moi, c’est quelque chose de naturel, ça devrait être normal. Ce que je veux, c’est être honnête, ouverte et fragile quand il le faut. J’ai envie que les hommes se retrouvent aussi dans mes chansons. »

Quand je lui demande ce qu’elle projette vu son succès actuel, elle me répond de sa jolie voix cassée : « Le projet n’est même pas encore sorti, du coup je ne m’attendais déjà pas à tout ça ! Dour, Les Ardentes, je ne réalise pas. C’est génial, j’essaie de savourer le moment au mieux. »

De l’humilité, c’est tout à fait le sentiment qui plane lorsque, après l’interview, je la vois monter sur scène. « Vous avez vu, je porte une robe, mais je rappe toujours hein ! », lance-t-elle à la foule en guise d’introduction, toujours avec ce même rire. De sa voix suave, elle nous transporte assez instantanément dans son univers soul. Assistée dans sa performance par Fatoosan, elle calme la foule, alternant les rythmes doux, mais groovy, et met tout le monde d’accord.

Telle une montagne russe, elle termine son show avec « I run », une montée pour ne plus redescendre. Plus qu’une fin de concert, c’est un teasing, une invitation à la suivre dans ses projets et concerts futurs. Pour ma part, le rendez-vous est pris.

Écrit par Thaïs Baugniet