Da Silva et Noé au Botanique : rock et poésie

« Il faut être fou pour vouloir écrire« . C’est sur ces mots que s’ouvre le concert de Da Silva au Botanique. C’est la salle de la Rotonde que l’auteur-compositeur-interprète a choisie pour présenter « L’Aventure », son septième album. La première partie était assurée par un autre fou d’écriture : le jeune chanteur bruxellois Noé.

Da Silva РCr̩dit photo : Lara Herbinia

La petite salle circulaire de la Rotonde se remplit doucement quand Noé entre sur scène. Le chanteur est accompagné de sa guitare sèche et de deux musiciens bruxellois, Brice Deconinck au clavier et Alice Vande Voorde à la guitare électrique. Trois instruments pour soutenir délicatement les textes travaillés du jeune auteur. Les mélodies se font douces et discrètes, comme pour mieux laisser le public, attentif et assis sur les marches de bois de la petite salle, apprécier toute la poésie des chansons tirées du premier album du jeune chanteur « Avant Toute Chose », sorti en 2017.

Pendant une demi -heure, Noé nous livre ses poésies chantées. Les thèmes des chansons sont variés – la nostalgie sur « Est Ce Que Comme Avant », le refus de la fausseté sur « La Voie », jusqu’à la terriblement actuelle « Ballade de Noël », écrite en 2013, alors que des réfugiés Afghans occupaient l’église du Béguinage – mais toutes ont en commun une profondeur d’écriture peu commune chez un si jeune auteur.

Noé

 

Après une pause, c’est au tour de Da Silva d’entrer sur scène. La batterie frappe, le volume sonore augmente, les phrases se font moins longues et les rimes plus simples. Le Français est venu avec deux musiciens, un batteur et un clavieriste, choix étonnant pour présenter un nouvel album qui est, selon ses propres dires, beaucoup moins minimaliste et plus orchestré que les précédents. Une manière habile d’être à nouveau où on ne l’attend pas. Pas question pour autant d’endormir le public, les riffs sont rock, le son puissant. Da Silva chante, susurre ou crie ses textes avec la même adresse, bien servi par un jeu de lumière aussi simple qu’efficace, il gesticule et se déhanche, sensuel et écorché vif, à l’image de sa musique.

Les textes sont intimistes, bruts, comme des pensées saisies dans un carnet que le chanteur ouvrirait à son public. Il y est question d’amour qui fait mal, de ruptures, devant un public majoritairement composé de couples. Mais aussi de thèmes plus variés, liés à l’actualité, comme  « La Fille » ou « La Crise » ou à l’histoire personnelle du chanteur (« La Mauvaise Réputation »), sa conception du monde (« L’Aventure »).

Si les textes sont variés, les influences des rythmes qui les portent le sont tout autant. Da Silva joue avec les attentes du public, certains de ces anciens morceaux sont réinventés pour le live, où il leur donne une sonorité beaucoup plus rock. On passe de la New wave au reggea. Le clavier qui jusque là se substituait à un orchestre entier, accompagne Da Silva le temps d’un duo piano-voix plus doux avant de repartir de plus belle. Le chanteur se permet même quelques notes de saxophone.

Au final, on sort de la Rotonde avec l’impression d’avoir vu deux hommes qui chérissent la langue française et qui, malgré une différence de style très claire, ont un commun une soif, un besoin d’expression que seule la poésie, semble pouvoir remplir, mais toujours en musique. La chanson française a encore de beaux représentants. Et de beaux jours devant elle.

Écrit par Antonin Moriau