Les Nuits 2018 : Polo & Pan et Bagarre, canopée et fournaise

Hier soir, les Nuits Bota nous donnaient rendez-vous avec Bagarre et Polo & Pan. Une escapade hexagonale quelque part entre les electro-plages de sable fin et la fournaise des pogos.

Le soleil fait timidement son apparition sur le parc du Botanique après quelques Nuits marquĂ©es par une pluie battante. Et c’est tant mieux car on a rendez-vous avec Polo&Pan. Tout dans l’oeuvre du duo français rĂ©sonne comme une ode au voyage, Ă  l’exotisme, aux ciels ensoleillĂ©s se reflĂ©tant dans des eaux turquoises, comme en tĂ©moigne Caravelle, le titre de leur dernier opus. Tout comme leurs albums, un set de Polo&Pan se savoure à la manière d’un interminable coucher de soleil sur l’OcĂ©an Indien. C’est donc une dose de bonne humeur et de joie ‘bonne enfant’ que nous sommes venus chercher ce soir.

On assistera Ă  un set correct, bien que quelque peu sans surprise… Le groupe assure le taf, mais souffre d’un certain manque de communication avec le public. Les morceaux s’enchainent mais ne surprennent jamais vraiment. Il manque cette petite plus-value qu’on attend d’un concert live. MĂŞme si l’atmosphère si atypique de la musique de Polo&Pan – nous invitant tantĂ´t dans de tropicales CanopĂ©es, tantĂ´t sur le sable blanc de Plages isolĂ©es – fait Ă©videmment son oeuvre.

Visuellement, le show nous baigne dans des tons pastels Ă©voquant les figures gĂ©omĂ©triques que l’on retrouve sur les papiers peints des sixties, avant de nous emmener dans une atmosphĂ©rique plus brute, jusqu’Ă  parfois rĂ©duire le light show Ă  un Ă©pileptique noir et blanc. Notamment lors des fabuleuses envolĂ©es que nous offrent ces caractĂ©ristiques montĂ©es agrĂ©mentĂ©es de flĂ»te de pan.

Bagarre est parti pour baiser le Monde Jusqu’Ă  la Lune

Après une petite pause, passĂ©e Ă  slalomer de bar en bar entre les gouttes, on retrouve la chaleur rĂ©confortante du chapiteau pour assister au set de Bagarre, le groupe qui fout la fièvre sur la scène hexagonale! HonnĂŞtement, je dĂ©couvre et ne suis pas sĂ»r de savoir Ă  quoi m’attendre… Certes, je connais de nom et j’ai dĂ©jĂ  dĂ» passer une fois ou l’autre par hasard devant un de leurs concerts, au dĂ©tour d’une allĂ©e festivalière, mais ça s’arrĂŞte lĂ . Alors, mettons fin au suspens directement : Bagarre m’a fait l’effet d’un coup de massue, une expĂ©rience dont je ne suis pas sorti tout Ă  fait indemne.

Bagarre, c’est un pot-pourri des sons constitutifs de chacun des styles empruntĂ©s dans ce qu’ils ont de plus basique: rock, pop, electro, house, chanson française et parfois mĂŞme quelques riffs dub ou trap. Le tout Ă  la sauce punk dans son dĂ©corum. Mais ne leur parlez surtout pas de genres ou de catĂ©gories, Bagarre, c’est avant tout un Ă©tat d’esprit. Les mecs vouent une foi inĂ©branlable au Club et apprĂ©hendent la foule comme en seul homme. La frontière entre la scène et la fosse tombe, il n’y a plus d’artiste, il n’y a plus de public, il n’y plus qu’un grand tout qui saute et se rentre dedans jusqu’à ce que fusion s’ensuive. MĂŞme sur scène, le groupe fonctionne horizontalement. Tout le monde chante (ou personne diront Ă  nouveau certains), tout le monde joue, les instruments passent de mains en mains. Certains y voient une soupe indigeste qui a du mal Ă  passer, d’autres reconnaissent tout le gĂ©nie que reprĂ©sente la prouesse d’être moyen dans tout plutĂ´t qu’excellent dans un seul registre.

On est parti pour baiser le Monde jusqu’Ă  la Lune !

Je suis passĂ© de l’un Ă  l’autre le temps d’un concert. Disons le franchement, Bagarre est une expĂ©rience qui se vit dans la fournaise de la fosse et ne revĂŞt que peu d’intĂ©rĂŞt du fond de la salle. Après un bon tiers de concert passé derrière la rĂ©gie entourĂ© d’oiseaux de mauvais augure (« arnaque auditive », « qu’est-ce que les gens leur trouvent? », « en fait, c’est le Salut C’est Cool de l’electro-pop »), je finis par me laisser entrainer par mes potos qui, sur une pulsion, effectuent un plongeon soudain dans la foule. Avant mĂŞme de comprendre d’oĂą est venu l’Ă©lan, on se retrouve dans le cratère chaud et fumant de l’antre de Dante.

C’est alors que la magie opère.

Nous sommes dĂ©sormais Bagarre. Plus rien n’existe en-dehors de la bulle qui abrite le pogo qui m’embrase dĂ©sormais. Je ne suis plus qu’un Ă©lectron, une partie de la masse qui gravite dans le Chapiteau des Nuits du Botanique. Les ondulations du planchĂ© se font impressionnantes sous le martèlement des milles jambes de la bĂŞte. On est venu cherchĂ© Bagarre. Et Bagarre nous enflamme.

Si je pouvais niquer ta mère, j’irais niquer ta mère

Mais je ne sais pas oĂą elle habite, je sais oĂą est la bĂŞte

Et sans s’en rendre vraiment compte, on se retrouve tous Ă  pogotter le majeur en l’air, en scandant d’une seule voix un « La Jeunesse emmerde le Front National« Â qui tombe pile au moment oĂą la ferveur qui m’entoure m’Ă©voque le mythique concert des BĂ©ruriers Noirs au festival de Dour de 2004. Après un ultime rappel sur le hit BĂ©ton ArmĂ©, je m’extirpe tant bien que mal du chapiteau. Il me faudra quelques minutes pour m’en remettre…

Quand est-ce qu’on recommence?

Écrit par Jonathan Piroux

Jonathan Piroux

Reporter