Xavier Rudd emmène le peuple de l’AB en terre aborigène

Ce n’est pas un, ni deux, mais trois concerts soldout que Xavier Rudd s’est offert à l’Ancienne Belgique la semaine dernière. Un joli tour de force pour l’auteur-compositeur-surfeur australien qui nous offrait au printemps Storm Boy, son neuvième album. Petit retour sur ce grand moment de la rentrée scénique belge.

Pieds nus sur les planches, muscles saillant sous sa salopette, didgeridoo en main, cheveux décolorés par l’iode, c’est devant le parterre d’une Ancienne Belgique pleine à craquer que Xavier Rudd s’est présenté lundi soir pour une cérémonie rituelle qui venait clore un incroyable triathlon de concerts soldout. Il faut dire que l’australien nous offrait en mai dernier un fantastique neuvième album, après trois ans d’absence, tout en riffs atmosphériques et en percussions aborigènes. À la croisée des chemins entre Clapton, Springsteen ou encore Jack Johnson, Storm Boy s’inscrit dans la droite lignée de ce à quoi nous avait habitué l’artiste: un voyage élégant, une ode à la nostalgie, à l’amour de la vie et à la bienveillance. On ne pouvait donc que répondre à l’appel et foncer découvrir tout cela en live.

Dès les premières notes, l’atmosphère se charge d’une spiritualité ambiante rare. Les visages se parent de leur plus beau sourire, les regards inconnus se croisent et s’échangent de bienveillantes complicités, les bras se lèvent, les voix résonnent telles un seul homme. Car une prestation live de Xavier Rudd, c’est bien plus qu’un concert, c’est un rituel païen qui se vit comme un partage d’amour et de good vibes.

L’homme, accompagné de ses trois musiciens, surfe sur la scène de ses gestes lents, calculés, de ses regards énergiques, de ses ondes positives, comme les esprits de ses ancêtres habitent son corps. Si le sang aborigène qui coule dans ses veines ne représente que quelques gouttes, c’est toutes la cosmogonie et la spiritualité des peuplades australiennes originelles qui se déverse de manière palpable de son âme. Rapidement, on entre en transe devant la luminosité d’une telle énergie. Xavier Rudd chante pour le vivant et pour la mère Nature. Il nous offre une leçon d’amour et d’humilité, tandis que flotte sur le fond de la scène son traditionnel drapeau noir, rouge, jaune: « nous sommes noirs, sur la terre rouge, sous le soleil jaune ». N’y voyez pas un hommage aux couleurs nationales belges, il s’agit du drapeau aborigène. Ce qui n’empêche pas le multi-instrumentiste de faire à plusieurs reprise l’éloge de la Belgique, dont son expérience en festival et sur les scènes nationales lui fait dire qu’il s’agit d’une terre et d’un peuple habités de bonnes vibrations. Quand c’est le maître chaman himself qui le dit…

Durant près de deux heures et demi donc, Xavier Rudd et son band enchaînent les morceaux, déversant sur ses fidèles fans son reggae teinté de folk (parfois l’inverse), dans la droite lignée de ses compatriotes John Buttler ou Jack Johnson, le tout alterné d’époustouflantes prestations solo. Car l’artiste est un orchestre à lui tout seul, capable de faire danser quelques milliers de personnes en jouant simultanément du didgeridoo, de la batterie, de la guitare, ou parfois simplement en battant du pied. On reste complètement scotché devant ce déversement de percussions portées par les complaintes subaquatiques d’un didgeridoo sorti tout droit des abysses de la grande barrière de corail.

L’australien ne laissera de côté aucun de ses titres cultes, n’hésitant pas à en revisiter certains afin d’en faire des incantations live de parfois plus de dix minutes, à l’image de cet interminable ‘Come Let Go’ durant lequel il invite le public à chanter pour les enfants, pour la liberté, pour la nature, pour les personnes que l’on croise dans la rue… pour l’amour inconditionnel de toutes choses qui peuplent cette Terre. S’enchaineront de manière quelque peu attendue en fin de concert le très roots Flag, l’aérien Follow The Sun et enfin la pièce maîtresse de son oeuvre, celle qui élève les esprits jusqu’au firmament et nous offre une communion directe avec la terre aborigène: Spirit Bird. Un triplé par ailleurs précédé du plus beau rappel qu’il me fut donné de voir depuis quelques années: les gens crient, s’embrassent, tapent sur les murs, chantent, le sol et l’air se charge de vibrations.

Vous l’aurez compris, c’est un show extraordinaire, une expérience unique à laquelle nous avons assisté lundi soir!

NDLR : les photos ont été réalisée lors du concert du 22/09 et le compte-rendu lors du concert du 23/09.

Découvrez Storm Boy dès à présent !

 

Écrit par Jonathan Piroux

Jonathan Piroux

Reporter