Hippocampe Fou et Baloji au Botanique: deux des plus belles plumes du rap FrancoFaune

Du 4 au 14 octobre avait lieu à Bruxelles le festival FrancoFaune. Pendant 10 jours, ce festival mettait en avant une cinquantaine d’artistes francophones, confirmés ou émergents, dans tous les styles musicaux, et dans une vingtaine de lieux bruxellois, du plus connu au plus confidentiel, avec l’ambition affichée de faire vivre une certaine « biodiversité musicale ». En clôture de ces dix jours de musique, le Botanique ouvrait les portes de l’Orangerie pour accueillir deux des plus belles plumes du hip-hop francophone actuel, le Français Hippocampe Fou et le Belge Baloji.

T-shirt blanc et casquette noire sur la tête, c’est Hippocampe Fou qui ouvre cette soirée hip-hop au Botanique. Le français est accompagné de son DJ et de son acolyte Céo et balance ses textes savamment écrits servis par un flow à la technique irréprochable. Le duo déborde d’énergie, Hippocampe Fou alterne paroles introspectives et storytelling, toujours avec humour. À la fin du concert, le rappeur ne tient plus en place, il fait sauter la foule, invite quatre personnes à venir danser sur scène pour le morceau aux sonorités afro « Fallait pas rigoler » puis se jette dans la fosse et rappe un morceau au milieu du public. Hippocampe Fou a envie de rappeler qu’on peut mettre une ambiance de feu, avec des textes construits et intelligents. En guise de remerciement à un public peu nombreux mais survolté, le rappeur fini par le single très intimiste « Underground », de son dernier album « Terminus ».

Mais on ne va pas se mentir, c’est surtout pour Baloji que nous sommes venus. Le rappeur belgo-congolais, ancien membre du groupe Starflam, était très attendu depuis son excellente prestation sur la scène du Cinquantenaire, dans le cadre des Fêtes de la Musique à Bruxelles, comme en atteste le public sensiblement plus nombreux que pour Hippocampe Fou. Accompagné d’un groupe de musiciens, Baloji vient présenter son dernier album, le chef d’œuvre « 137 Avenue Kamiana ». Depuis son premier album solo, « Hotel Impala », le rappeur n’a eu de cesse de mélanger une écriture intime, autobiographique, portée par un flow tantôt chanté, tantôt slamé, et des sonorités musicales éclectiques, inspirées de la musique afro-américaine, comme le hip-hop, la soul et le funk, et de la musique traditionnelle africaine.

À peine arrivés sur scène, le rappeur et ses musiciens donnent le ton avec le morceau « Bipolaire ». Le show sera sensuel et entrainant. La mélodie invite le public à se déhancher, Baloji danse comme un beau diable, et, désarticulant ses longs membres, prend possession de la scène de sa présence lascive, alternant cassage de démarche et danses suggestives de bassin. Le rappeur quitte une première fois la scène et revient arborant des plumes bleues qui rappellent le magnifique clip « Bleu de nuit », le single de l’album. Mais comme il le dit lui-même, « la plupart des gens pensent que la musique africaine ne parle que de sexe. Ils n’ont pas tout à fait tort, mais je ne peux pas leur laisser avoir complètement raison ». Baloji chante aussi son amour d’une Afrique multiple, et ses problèmes structurels (« Le Secours Populaire », « Start-Up »), et une identité plurielle, entre Lubumbashi et Bruxelles (« Kongaulois »), avec une plume délicate qui allie jeux de mots et métaphores. On regrette d’ailleurs un peu que la sonorisation de la salle de l’Orangerie ne nous permette pas d’apprécier pleinement ses vers, un peu étouffés par le son des musiciens. Ce manque de compréhension est largement compensé par la débauche d’énergie de Baloji et de ses musiciens qui offrent un show généreux à un public qui ne peut que se laisser entrainer jusqu’au rappel en forme d’apothéose sur l’électrique « Spotlight » qui fait sauter le public comme un seul homme. Aucun doute, on attend avec impatience le prochain projet du Belge et encore plus sa prochaine date à Bruxelles.

Écrit par Antonin Moriau