Esperanzah! 2019 : Un premier jour aux saveurs Ă©lectroniques

C’est sous une mĂ©tĂ©o plutĂ´t clĂ©mente bien que grisâtre que la dix-huitième Ă©dition du festival Esperanzah ! s’est ouverte sur le site de l’Abbaye de Floreffe. Une petite quarantaine de concerts sont proposĂ©s cette annĂ©e, sur trois jours avec des artistes venus des 5 continents et de 20 nationalitĂ©s diffĂ©rentes. C’est une affiche variĂ©e et axĂ©e sur la singularitĂ© artistique que les organisateurs nous proposent une fois encore. A cotĂ© des trois scènes habituelles ( le Jardin, le Futuro et l’Alpha) vient se greffer le Kiosq, sorte de soundsystem actif du dĂ©but de l’après-midi jusqu’aux petites heures de la nuit, pour les plus tĂ©mĂ©raires et les amateurs « d’afters ». RĂ©cit d’une première journĂ©e dĂ©jĂ  haute en couleurs et en vibrations. On sent aussi dĂ©jĂ  que nos mollets vont souffrir avec les dĂ©nivelĂ©s monstrueux qui sĂ©parent les diffĂ©rentes scènes. L’Abbaye de Floreffe prend des airs de citadelle aux multiples couleurs !

 

Alors que Le Grand MĂ©chant Loup & Global Hybrid Crew animent dĂ©jĂ  gentiment ce nouveau Kiosq, c’est les GuadeloupĂ©ens de Delgres qui inaugure la scène du Jardin sur le coup de 16h30, avec leur blues oĂą se mĂ©langent aussi bien le rock et des influences plus exotiques. Le Trio guitare-percussions-tuba s’en donne Ă  cĹ“ur joie et fait participer activement un public qui rĂ©pond dĂ©jĂ  prĂ©sent. Public oĂą les premiers pieds qui tapotent le sol et les premiers hochements de tĂŞtes deviennent dĂ©jĂ  des dĂ©mangeaisons. Au micro, le chanteur donne de la voix avec un effet de saturation lĂ©gèrement rĂ©tro d’oĂą se dĂ©gage une chaleur qui sent bon la bière et la moiteur d’un club surchauffĂ©. Pareil pour la guitare. Le tout nous est servi sur fond de textes dĂ©nonçant principalement l’esclavagisme. Le trio nous propose aussi quelques belles balades d’amour. C’est un dĂ©marrage l’air de rien assez costaud qu’ils nous ont offert.

Direction ensuite la scène Alpha pour Babylon Trio. Comme son nom ne l’indique pas, ce sont trois musiciens et un chanteur qui montent sur scène. Ils sont arrivĂ©s en Belgique en tant que rĂ©fugiĂ©s il y a quelques annĂ©es. Avec un clavier et des percussions c’est suffisant pour diffuser une musique oĂą se mĂŞlent influences Ă©lectroniques et surtout musique traditionnelle Irakienne. Et dès les second morceau ils sont rejoints par une danseuse orientale. Après un dĂ©marrage tranquille et en douceur, se met en place une piste danse du Moyen-Orient, aussi bien sur scène que dans le public. Ce sont des rythmes effrĂ©nĂ©s comme ces pays du globe savent en produire qui nous embarquent au pays des milles et une nuits.

Retour ensuite au Jardin pour Danakil & The Baco All Stars pour un set de deux heures très attendu par un public chaud bouillant. C’est la grande famille du reggae français et surtout du label crĂ©Ă© par Danakil qui s’est donnĂ©e rendez-vous pour faire la fĂŞte ! MĂŞme le soleil se dĂ©cide enfin Ă  arroser gracieusement la plaine. C’est le troisième passage de Danakil Ă  Esperanzah et dès le premier morceau (« Echo système ») tout le monde est Ă  fond. Au milieu de ce premier morceau le frontman interpelle le public par un splendide « merci pr les odeurs ». Le ton est donnĂ©. Tous les bras se lèvent. Et il en sera ainsi deux heures durant. Ca se bouscule sur scène tellement il y a de monde, entre les chanteurs qui se succèdent et les musiciens. Coup de cĹ“ur pour leur hit « Marley ».

On les abandonne avant la fin de leur set pour aller jeter un Ĺ“il et une oreille aux Namurois de Glauque qui jouent presque Ă  la maison ce soir (circuit-court oblige, vu qu’on est Ă  Esperanzah!) sur la scène Alpha. On les avait dĂ©jĂ  vu au Botanique en mai sous chapiteau avec 3 degrĂ©s, au Verdur Rock fin juin sous 43 000 degrĂ©s, on les voit enfin dans des conditions mĂ©tĂ©os optimales et avec une luminositĂ© extĂ©rieure qui diminue. Et c’est pas plus mal, ça donne de plus en plus d’ampleur Ă  leur musique et Ă  leurs textes aussi inquiĂ©tants que profonds. Les cinq bonhommes semblent monter en puissance et en tension Ă  chaque concert. Lorsque les premières notes de leur titre « Robot » rĂ©sonne le public s’emballe littĂ©ralement. Un peu plus tard ça part virilement en pogo au rythme de leur musique riche. Riche car elle bascule de nappes de synthĂ©s Ă  de la haute tension Ă©lectronique dans des mĂ©lodies au parfum de drame. Mention spĂ©ciale Ă  leur nouveau morceau « Plane » et son implacable explosion vocale. Il faudra quand mĂŞme qu’ils se dĂ©cident Ă  sortir un premier EP.

On continue notre promenade dans les allĂ©es de l’Abbaye pour aller kiffer sĂ©vèrement la prestation nerveuse et intense du beat-boxer australien Dub FX Ă  la scène Futuro, alors que la nuit est maintenant tombĂ©e. ArmĂ© de deux trois machines et de toute une sĂ©rie de pĂ©dales d’effets il construit ses morceaux en amenant d’abord un beat avec sa voix, en y posant ensuite des vocalises en formes de mĂ©lodies pour finir par poser son chant tantĂ´t presque pop, tantĂ´t clairement rappĂ©. Mais dans tous les cas il nous fait dĂ©coller avec lui. Et pourtant ça a commencĂ© avec un souci technique qui n’a pas pour autant dĂ©contenancĂ© outre mesure ce gourou des vibrations, au delĂ  de deux trois « fucking bullshit » et coups de pieds dans la machine pour qu’elle retrouve ses esprits. Mais ensuite le dĂ©collage est immĂ©diat dans des chambre d’échos monstrueuses et des basses qui font trembler les murs de l’abbaye. Ca part en reggae, en rap pour finir dans des incantations mystiques et psychĂ©dĂ©liques. Vers la moitiĂ© de son set il est rejoint par un saxophoniste pour partir en mĂ©ga dancefloor drum’n’bass. Et lĂ  encore ça par dans un pogo royal et syncopĂ© dans le public. En fin de set, il redescend d’une vitesse pour son très joli titre « Love me or not ». C’est notre Ă©norme coup de cĹ“ur de ce premier jour. A voir de toute urgence !

Passons ensuite au cas psychiatrique de Mezerg : l’homme aux 3 pianos, au Casio et Ă  la grosse caisse. Il en naĂ®t une rythmique effrĂ©nĂ©e et complètement folle-dingue. Il fait danser le peuple d’Esperanzah! plus ou moins n’importe comment, mais ça danse Ă  tous les Ă©tages. Sa musique est comme une machine infernale lancĂ©e Ă  pleine charge avec des descentes et d’implacables montĂ©es, que personne ne peut stopper. Mieux, tout le monde semble vouloir que cela continue encore. Et il part pour un joyeux dĂ©lire sur le gimmick d’ « Au clair de la lune » tout en distorsion. Un fou dont la folie est douce et nĂ©cessaire.

C’est ensuite Ă  minuit tapante que le Français Thylacine monte sur la scène Futuro pour livrer un set Ă  l’image de ses deux premiers albums, invitant au voyage et Ă  l’Ă©vasion. ArmĂ© de plusieurs Ă©crans qui bougent sur scène et de toutes ses machines il construit lui aussi le son de sa performance en direct, le rendant visible aux yeux et audible aux oreilles de tous. William RazĂ© de son vrai nom semble clairement habitĂ© par sa musique, les expressions de son visage et la manière dont il vit physiquement sa musique ne laissent aucun doute lĂ  dessus. Et le public l’accompagne dans ce voyage qui vascille entre la Russie et L’Argentine (pays oĂą il a enregistrĂ© respectivement son premier et son second album). C’est un set ultra percutant qu’il propose Ă  un public qui l’attendait fermement. Il s’empart plusieurs fois de son saxophone pour agrĂ©menter son set. Et comme toujours avec lui, le titre « Moskva » vient faire exploser une assistance qui n’attendait que ça, dans une sorte de transe jubilatoire gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Pour info, il repasse Ă  La Madeleine Ă  Bruxelles le 25 octobre.

On termine tranquillement notre journĂ©e et notre nuit dĂ©jĂ  bien entamĂ©e avec le berlinois Monolink. Il se prĂ©sente en toute simplicitĂ© sur scène avec son veston, son chapeau, sa guitare Ă©lectrique et son PC. Avec lui tout part d’une guitare et de sa mĂ©lodie sur laquelle viennent se greffer toute une sĂ©rie de rythmes et de samples. C’est comme ça qu’il nous sert de douces incantations hypnotisantes jusqu’au bout de la nuit, bercĂ©es par un beat lourd et profond dans sa première partie. Son set devient ensuite plus tempĂ©tueux et rythmĂ©s dans sa seconde partie. Le cap des deux heures du matin est alors dĂ©jĂ  largement franchi, et il est temps pour nous d’aller chercher notre sommeil pour quelques heures, après cette première journĂ©e riche en images et en dĂ©cibels.

Écrit par Jean-Yves Damien