Esperanzah! 2019 : Seconde journ√©e en forme de “good vibes” musicales

Apr√®s avoir √©t√© jusqu’au bout de la nuit d’une premi√®re journ√©e bien charg√©e nous voil√† reparti pour arpenter de haut en bas l’Abbaye de Floreffe pour une seconde journ√©e de festival qui affiche complet. A force de monter et descendre on y br√Ľle un sacr√© paquet de calories. Au menu du jour : un peu d’errance pour partir √† la d√©couverte de nouveaux sons, en se laissant porter par nos tympans et les “good vibes” du festival. Les corps et les esprits des festivaliers sont d√©j√† bien marqu√©s par les concerts de la veille et par une nuit au camping forc√©ment festive. Pareil pour les organisateurs qui ont √©t√© contraint de pallier √† une panne de courant dans la r√©gion. Mais cela n’a pas entrav√© le bon d√©roulement des concerts.

Tr√®s honn√™tement, l’affiche de cette deuxi√®me journ√©e √©tait celle qui comportait le plus d’inconnues pour nous en dehors des t√™tes d’affiches que constituaient L.E.J. , Michael Kiwanuka et Fakear. C’est donc de bons conseils avis√©s et nos oreilles qui nous ont guid√©s tout au long de cette deuxi√®me journ√©e.

 

Et on a attaqu√© le menu du jour au Jardin avec le Camerounais Blick Bassy sur le coup de 14h30. Plong√©e totale et imm√©diate mais en douceur au cŇďur de l’Afrique Noire et de ses villages recul√©s. Un bon moyen pour les festivaliers de sortir gentiment de leur torpeur. Il chante en chuchotant presque, nous invitant √† √©couter ses confessions sur un fond de cordes, de cuivres et de synth√©s. Et puis par moment sa voix s’emporte dans de belles envol√©es aigu√ęs typiques des voix chaudes d’Afrique.

 

On descend ensuite tout en bas √† la sc√®ne Futuro pour le set endiabl√© et survitamin√© de l’extravagante Pongo. Elle va balancer une heure durant son “Kuduro” (m√©lange de break dance, samba angolaise et √©lectro) sans temps morts. Des sonorit√©s que l’on retrouve quelque peu dans le titre “Ta f√™te” de Stromae, mais dans un rythme bien plus muscl√© encore. Elle arpente la sc√®ne de gauche √† droite avec des jet√©s de jambes dans tous les sens et autres booty shakes. Elle tient la forme et le public la suit sans concessions dans cette d√©monstration d’√©nergie intense.

 

Retour au jardin pour les Ogres de Barback qui f√™tent d√©j√† leurs 25 ans de carri√®re. C’est une foule compacte et r√©active qui les accueille sur sc√®ne pour un concert fid√®le √† leur image depuis toutes ces ann√©es : de la chanson fran√ßaise √† tendance alternative sur fond d’instruments aussi divers que vari√©s, o√Ļ se m√™lent notamment guitares, fl√Ľtes en tout genre et autres instruments √† cordes . Ils viennent pr√©senter leur nouvel album ” Amours grises et col√®res rouges”. Et c’est toujours le chant si caract√©ristique de leur chanteur qui nous interpelle : il semble nous raconter ses histoires comme on le ferait √† un enfant en nous faisant penser √† un Georges Brassens dans ses intonations. Et toujours √† un moment l’ensemble s’emballe dans une m√©lodie de f√™te et de danse joyeuse. Le tout sous un beau soleil de fin d’apr√®s-midi.

Direction la sc√®ne Alpha pour assister au set tout en douceur et d√©licatesse de la jeune br√©silienne Dom La Dena. Violoncelliste, chanteuse et compositrice, c’est donc tout logiquement qu’elle se pr√©sente seule sur sc√®ne. Apr√®s un premi√®re partie o√Ļ elle est assise avec son violoncelle, la seconde partie se veut plus dansante et elle m√™me sur sc√®ne se met debout. Elle tente d’improviser un concours de danse dont le succ√®s sera mitig√© mais dans un second degr√© tout √† fait assum√©. Elle chante en portugais (sa langue maternelle), en espagnol, en anglais et en fran√ßais (parfois dans la m√™me chanson!). Bref elle nous fait traverser les continents et les oc√©ans avec volupt√©.

C’est ensuite sous un soleil couchant que Michal Kiwanuka, la premi√®re “grosse t√™te d’affiche du jour”, monte sur la sc√®ne du Jardin. Une heure durant il va faire s’√©couler une douce et tendre chaleur de sa soul. Esperanzah! c’est “good vibes” on vous disait hier, et bien √ßa l’est encore ce soir. Sa ballade au succ√®s mondial “Home Again” rencontre bien √©videmment un joli succ√®s l’applaudim√®tre. Mais c’est une belle prestation d’ensemble qu’il nous offre lui et sa guitare, mais aussi avec ses musiciens et ses choristes.

 

On entame ensuite une √©ni√®me transhumance vers le Futuro o√Ļ l’ambiance est toujours bouillante pour aller voir ce qu’√† dans le ventre Georgio et son rap nerveux. Nerveux, mais pas que, puisqu’il agr√©mente son flow de passage plus chant√© et m√©lodique. Idem pour ses paroles, o√Ļ se m√™lent passages bruts et d’autres plus po√©tiques, touchants et romantiques. Il est accompagn√© d’un batteur, d’un beat-maker et d’un MC. Le light show est impressionnant et en accord avec chacune de ses chansons. On ne l’avait pas mis dans notre top 3 des concerts du jour √† voir mais son concert restera une tr√®s bonne surprise pour nous.

Vient ensuite le cas de la seconde grosse t√™te d’affiche du jour avec le trio f√©minin de L.E.J. (pour les initiales de ses trois membres : Lucie, √Člisa et Juliette) tout droit venu de France. Leur concert faisait partie de nos incontournables et sinc√®rement ce qu’elles proposent √† de la gueule et est m√™me assez couillu : venir m√©langer avec justesse des harmonies vocales, du gospel et la culture hip-hop sur fond de beats √©lectros. Et on se laisse vite embarquer par leur jeu de sc√®ne o√Ļ √† trois sur sc√®nes elles font le job complet avec batterie, violoncelle, guitare, batterie et √©lectro-paddles notamment. Le tout en harpentant la sc√®ne dans des pas de danse qui en jettent. Leur victoire de la musique de r√©v√©lation sc√®ne obtenue en 2017 est justifi√©e. Mais par contre on a eu un souci avec leurs interventions entre les chansons. Clairement √ßa sentait (voir puait) le texte √©crit √† l’avance, blind√©s de r√©f√©rences plus ou moins d√©magos pour se mettre le public belge dans sa poche. Mais quand c’est gros comme une maison et que √ßa se r√©p√®te entre chaque chanson √ßa en devient crispant, jusqu’√† l’overdose. Une bonne partie du public ne s’y est pas laiss√© prendre. Dommage car artistiquement √ßa d√©pote et √ßa sort des sentiers battus des musiques actuelles entre compositions originales et mash-up de covers.

On les abandonne donc un petit quart d’heure avant la fin de leur set pour la derni√®re descente au travers de l’Abbaye. On arrive alors au Futuro pour le set de Fakear, que nous avons eu la chance d’interviewer plus t√īt dans la journ√©e (le compte-rendu de son interview sera prochainement disponible sur le site, tout comme pour Thylacine la veille). Une sorte de demi-sph√®re d’√©cran est positionn√©e sur sc√®ne. En son sein, et en demi cercle on retrouve plusieurs paddles, une basse et un f√Ľt de batterie. Fakear s’installe au centre de tout cela et se lance dans un set √©lectro-world dense et rythm√©. Il pivote pour venir bidouiller ses sons et construire ses morceaux sur tout son attirail √©lectronique. La sc√®ne Futuro permet d’envoyer des lignes de basses ultrapuissantes et profondes qui rendent son set tr√®s physique. C’est bouillant, au milieu de son set Fakear prend la parole et confie avoir envie de dire quelque chose avant de l√Ęcher un rageux “doureuuuuuuuuuh” reprit en cŇďur par le public. Le public qui danse et se laisse emporter aux quatre coins du globe par ses samples qu’il est all√© piocher aussi bien dans les confins de l’Asie que du Moyen-Orient via des vid√©os Youtube. Mention sp√©ciale au tr√®s beau et lumineux “Lost Colours” issu de son dernier album en date. La plaine situ√©e devant la sc√®ne est bond√©e et la masse de festivaliers venus se d√©hancher d√©borde all√©grement dans les all√©es du festival. Au milieu du set il envoie son hit qui l’a fait connaitre au grand public avec “La Lune Rousse” et son chant ent√™tant. Il vient achever son set avec le magnifique “Chakra” qui r√©sonne et scintille dans la nuit √©toil√©e de l’Abbaye. Good Vibes, encore et toujours.

Il n’est pas loin d’une heure et demi du matin lorsque nous quittons le site de l’Abbaye en devant nous frayer un chemin au milieu des festivaliers qui continueront √† danser au son des soundystems jusque (trop) tard dans la nuit. Le repos des explorateurs sonores a sonn√© pour nous. Fin de l’acte 2 d’Esperanzah! 2019.

√Čcrit par Jean-Yves Damien