SolidaritĂ©s 2019 – Jour 2 : “Bruxelles arrive !”

Il fait encore plus chaud que la veille, mais les festivaliers rĂ©pondent prĂ©sents aux petites heures de l’après-midi. La programmation de ce samedi fait Ă©cho au fameux “Bruxelles arrive!” de RomĂ©o Elvis & Caballero : en effet il faut dire que les artistes de la capitale sont venus en nombre aujourd’hui ! Avec entre autres Angèle, Juicy, Beautiful Badness, Sarah Carlier, Isha, Caballero et JeanJass, Mustii.

Il fait déjà une chaleur à crever quand Trois Café Gourmands fait son arrivée sur la scène de l’Esplanade. Le groupe programmé relativement tôt dans l’après-midi rassemble petits comme grands autour de mélodies joyeuses et rêveuses. Le public tape dans ses mains aussi fort que le soleil tape sur nos têtes, c’est pour dire !

Très belle dĂ©couverte ensuite avec Beautiful Badness, et les impressionnantes qualitĂ©s vocales du chanteur, qui tant dans son attitude, allure, ou encore timbre vocal, n’est pas sans rappeler un regrettĂ© Freddy Mercury. La maĂ®trise vocale, d’influence certes classique, mais osant s’aventurer sur le terrain du rock, du jazz ou du gospel, est parfaite ! On se laisse tout simplement aller au grĂ© des morceaux, tout en sirotant une bonne Houppe bien fraĂ®che. Le groupe ose mĂŞme une reprise du cĂ©lèbre titre de The Rembrandt (« I’ll be there for you ») en ralentissant le tempo original, et en y ajoutant des harmonies absolument dĂ©licieuses. Ces quatre bruxellois nous ont offert un concert intĂ©ressant, mĂ©lodique et surprenant.

Bruxelloises de cĹ“ur et d’origine, les copines Ă  l’initiative du duo Juicy, viennent Ă  leur tour enflammer l’Esplanade, sous une chaleur toujours aussi Ă©crasante. Chaleur qui aura eu le dessus plusieurs fois en ralentissant leurs ordinateurs pourtant bien protĂ©gĂ©s. MalgrĂ© ces petits soucis techniques, Juicy assure un live de qualitĂ©, quelque part entre un hiphop underground et des voix qui passent de sonoritĂ©s orientales Ă  des flows d’enfer. Toutes de latex vĂŞtues, on se demande encore comment elles ont tenu avec ces conditions mĂ©tĂ©o !

Pendant ce temps, la scène du Maquis, sur les dessus de l’ancienne Citadelle si chère aux namurois. Cet espace est, ce samedi, entièrement dĂ©diĂ© aux “musiques urbaines”, oĂą on y retrouve notamment Isha. Sa plume est aussi aiguisĂ©e qu’un couteau de cuisine, on y retrouve des textes francs-parlĂ©s, sans tomber dans des leçons moralisatrices. La production est intelligemment Ă©tudiĂ©e, et nous restons finalement jusqu’à la fin du concert, qui nous a positivement interpellĂ©s.

Au BelvĂ©dère nous retenons la prestation joyeuse et souriante de Sarah Carlier, Ă  la voix d’or, et secondĂ©e par une Ă©quipe Ă  la technique impressionnante. Un guitariste sobre mais juste, d’une grande sensibilitĂ©, enrobe les mĂ©lodies de la chanteuse tandis qu’un batteur prĂ©cis, magnifiquement en place, jazzy Ă  souhait en ponctue les propos. A cela s’ajoute un bassiste-claviĂ©riste qui tapisse une solide toile de fond. Belle dĂ©couverte, Ă  nouveau, et une artiste assurĂ©ment Ă  suivre.

A peine le concert fini au BelvĂ©dère, on file illico-presto Ă  l’Esplanade qui commence Ă  se remplir de tous les cĂ´tĂ©s pour les vaillants Caballero et JeanJass ! « Bruxelles arrive Â», c’est le cas de le dire ! Les compatriotes envoient du lourd au milieu de leur garage amĂ©nagĂ© sur scène, agrementĂ© d’une voiture en plein milieu. Le rap se confond avec des sonoritĂ©s hip-hop, et se fond dans de très lourdes basses. Les fans « pogotent » dans tous les sens, ça danse, ça boit des coups (avec modĂ©ration) gaiement : on valide l’ambiance bouillante Ă  laquelle on participe avec plaisir !

Après une pause fraĂ®cheur Ă  l’intĂ©rieur du tunnel (duquel on a pas encore parlĂ©), qui offre aux festivaliers une exposition unique, il est temps de remonter vers le BelĂ©vère (ça en fait des marches en une journĂ©e !). Aurelio Mattern, membre du groupe Sonnfjord, vient en solo aujourd’hui aux SolidaritĂ©s sous le nom d’Aurel. Demain, il sera avec Sonnfjord sur la scène du Maquis, mais pour l’heure Ă©coutons ce que le chanteur a Ă  nous dire ! En français dans le texte, le chanteur fascine et interpelle un public de tout âge avec des chansons remplies de nostalgie, ou par contraste, avec des textes profonds et engagĂ©s. On retrouve Ă©videmment une production similaire au projet du groupe, mais la voix masculine l’emporte dans une autre dimension ; et emporte, le public lui aussi, dans une autre dimension.

Sans surprise, une foule dense et compacte se presse maintenant sur une Esplanade noire de monde (et soudain trop Ă©troite), pour assister au concert d’Angèle . Pantalon dorĂ© scintillant de mille feu, parures en or sur son t-shirt blanc, arborant une Ă©norme mitraillette (gonflable) tout aussi dorĂ©e, Angèle illumine l’immense scène par sa seule prĂ©sence. Les chorĂ©graphies millimĂ©trĂ©es mais intelligemment Ă©tudiĂ©es apportent un très beau visuel au show, qui est surplombĂ© par deux yeux “Ă  la Jean-Michel Folon“. Tout est très formatĂ©, Ă©tudiĂ©, ne laissant aucune place Ă  l’improvisation. Le public, conquis par avance, chante absolument tout, tâche d’autant plus aisĂ©e que le concert reste somme toute assez proche des versions de l’album.

A la fin du concert, nous avons eu droit à une magnifique reprise en piano-voix, d’une chanson de Dick Annegarn intitulée « Bruxelles ».

Quittant Angèle pour gagner le Théâtre de Verdure dĂ©jĂ  bondĂ©, nous parvenons enfin Ă  trouver une place pour le set de Charlie Winston. Ouf ! Comme d’habitude, les morceaux s’enchaĂ®nent avec tendresse, humour, et dynamisme. Quant aux surprises, il y en aura plusieurs. A la folie de Charlie, sautant sur Ă  peu près tout ce qui peut supporter son poids, s’ajoute l’irruption de sa toute jeune fille pour une danse endiablĂ©e et pleine de tendresse, ou encore une longue balade au sein du public, armĂ© d’un simple nĂ©on. Pour son dernier concert de festival d’Ă©tĂ©, Charlie Winston nous offre tout, partageant son Ă©nergie, sa bienveillance, son amour de la musique, son plaisir d’ĂŞtre lĂ  parmi nous, avec ses deux musiciens, tout en oubliant l’heure et s’Ă©tendant bien au-delĂ  de l’horaire prĂ©vu.

Reste Ă  aborder Mustii, annoncĂ© comme “special summer show”, Ă  la demande express des SolidaritĂ©s. Thomas Mustin a mis le paquet, effectivement, pour son show Ă©lectro destinĂ© Ă  clore cette seconde journĂ©e en apothĂ©ose. Fidèle Ă  lui-mĂŞme, Mustii vit intensĂ©ment son rĂ´le, comme “habitĂ©” par son personnage. Tout est très théâtral, avec des poses très affectĂ©es, des mouvements amples accentuĂ©s par une ample cape noire pailletĂ©e. Laser, effets pyrotechniques, jets de flammes et de fumĂ©e, en enfin envol de l’artiste vers les cintres, suspendu dans le vide au-dessus du logo omniprĂ©sent “21th Century Boy”. Tout est mis en Ĺ“uvre pour faire de ce show grandiose un moment fort de ce festival.

Par : Eric Beaujean & Solenn Gousset

Écrit par Solenn Gousset

Solenn Gousset