Nils Frahm stratosphérique à l’AB

Lorsque ce concert de NILS FRAHM fut annoncé il n’a pas fallu attendre longtemps pour que toutes les places soient vendues. Comme pour chacun de ses concerts en fait. Et pour cause, ce pianiste/producteur Berlinois réussi, avec finesse et en brouillant toutes les frontières, à mélanger l’émotion de la musique classique avec l’hypnotisme de la musique électronique. C’est ainsi que depuis dix ans il a obtient l’approbation internationale de ces deux mondes qui n’ont que trop peu l’habitude de se rencontrer. On avait donc hâte d’aller voir et écouter le discret mais très prolifique sorcier mélodique dans une salle dont l’acoustique est toujours autant réputée à travers l’Europe entière.

Entourés d’un demi cercle de spots on retrouve sur scène un grand piano à queue classique et toute une série d’autres claviers a l’ossature en bois. Au milieu de tout ça émergent quelques machines pleines de boutons et dont les câblages partent dans tous les sens. Visuellement tout ça rend très bien avec une impression de laboratoire d’un savant-fou. Il ne s’est encore rien passé mais nous voilà déjà plongés au carrefour de deux univers, entre classique et modernité. Pareil pour le public où le petit pull chemise aux cheveux grisonnant avec son verre de vin se retrouve à côté du festivalier en provenance directe de Dour avec sa bière à la main et son tatouage.

C’est sur le coup de 20h15 que Nils Frahm monte sur scène, en toute simplicité, prenant le temps de saluer le public. Il s’assied ensuite dos au public sur un petit tabouret et pose ses doigts sur un petit clavecin pour faire tomber les premières notes d’une performance sonore qui durera deux heures. Sur scène il évolue comme si il était chez lui, dans son salon, se déplaçant d’un clavier à un autre, d’une machine à l’autre. Cela lui permet de construire en direct ses morceaux, ses rythmes et ses mélodies. Et les frontières des genres tombent très rapidement pour le plus grand plaisir du public qui se montre silencieux comme dans une église mais qui manifeste son enthousiasme très bruyamment lorsque qu’un béat vient naître de ses machines. Idem entre chaque morceau où les applaudissements et les cris s’étirent longuement.
A plusieurs moments on a senti nos poils nous faire frémir et frissonner brutalement à l’écoute des envolées sonores et mélodiques élaborées sous nos yeux. La musique de Nils Frahm est inclassable et pourrait se décrire comme onirique, planante, hypnotisante, élégante  mais surtout comme émouvante. Avec des morceaux qui dépassent allègrement les dix minutes il réussit à poser une ambiance et à la faire évoluer jusqu’à nous englober et nous emporter entièrement avec puissance et fragilité sans qu’on ait vu le coup venir. Tout dans son expression corporelle et gestuelle est le signe qu’il vit intensément chaque instant sur scène. Évidemment ses titres “All Melody” , “#2” et surtout “Says” avec son final en forme de tempête pianistique font chavirer l’Ancienne Belgique pour de bon. Le concert s’achève sur un dernier morceau joué principalement sur son piano à queue. Et lorsque la dernière note de la soirée retentit dans une magistrale délicatesse le public explose littéralement. Nils Frahm remercie chaleureusement le public pour son attention et exprime le plaisir qu’il a eu à jouer ce soir à l’Ancienne Belgique.

Non il n’y a pas besoin de faire un maximum de bruit, d’être un showman ou de débarquer avec 15 camions de matos pour embarquer avec soi une salle entière vers de hautes sphères. Avec Nils Frahm chaque son, chaque rythme et chaque note sont parfaitement à leur place. Tout parait avoir été étudié, anticipé et réfléchi de manière quasi-scientifique avec une rigueur typiquement germanique. Mais tout cela garde quelque chose de très instinctif et donc de foncièrement humain et touchant. C’est probablement ce qui fait la force et donne la puissance de ses concerts. C’est en live que son répertoire prend toute son ampleur et s’élève vers ses très hauts reliefs.

Écrit par Jean-Yves Damien