Vendredi dernier, Claire Cottrill se présentait de chair et d’os à des fans belges surexcités. Des tréfonds d’internet au Botanique, il n’a fallu qu’un pas pour la jeune artiste américaine ; ce pas, c’est “Pretty Girl”. Ce clic a placé Clairo sous le feu des projecteurs et lui a permis de donner naissance à “Immunity”, son premier album, qu’elle vient défendre fièrement sur scène. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette rencontre en a ému plus d’un…

Ce soir, l’Orangerie hisse le drapeau américain… Laundry Day et Dreamer Boy sont attendus pour performer avant Claire avec qui ils ont plusieurs choses en commun : des refrains dansants et convaincants, mais aussi une certaine forme d’attractivité. C’est en tout cas ce que laisse entendre la fanbase hystérique dans laquelle je me fonds d’abord (un peu malgré moi)…

Les cinq gars de Laundry Day savent indubitablement comment mettre l’ambiance : une voix R&B qui révèle sans trop de peine l’influence de Frank Ocean et qui me replonge personnellement dans les années Usher (“Cha”), une touche électro (“Sunny Boy’s Lament”), le tout parfois mêlé à des riffs très rock (“Flowers”) qui ravissent la fan du genre que je suis. Les New-Yorkais ont même réussi à nous envoyer de la pop-soul à la Yellow Days (“Lavender”) pour créer une ambiance plus intimiste. Pourtant, j’ai vraiment du mal à accrocher ; s’ils sont décrits par beaucoup comme étant authentiques, je ne peux m’empêcher de voir dans leur prestation une totale mascarade. L’un d’entre eux, le sourire figé, ne quittera d’ailleurs pas sa doudoune North Face du concert (est-ce que j’ai vraiment besoin d’en dire plus?), ce qui ne m’aide pas à penser le contraire. J’ai très vite la sensation que les “fans” ne s’extasient pas pour les bonnes raisons, et cette même sensation m’habite lors de la performance de Dreamer Boy. Accompagné de son guitariste et claviériste, Zach Taylor apparaît d’une grande humilité. Il combine le style indie de Rex Orange County et de Gus Dapperton pour y rajouter sa pincée de hip-hop.

Au final, le set des premières parties est véritablement enivrant, placé sous le signe de l’introspection. Je suis convaincue qu’il aurait pu l’être davantage si les adorateurs situés à l’avant (le terme “fan” ne me semble même plus approprié) avaient cessé de se pâmer au moindre solo, à la moindre prise de parole. On se croirait presque dans la descente du Dalton Terror ou à la sortie d’un nouveau Fifty Shades of Grey… Quel dommage!

Autant vous dire que je crains pour la suite… Je décide donc de me reculer le plus possible afin de profiter au maximum de la prestation de Clairo.

Sur scène, elle est accompagnée d’une guitariste et d’un bassiste qui se tiennent à sa gauche tandis que le percussionniste se place à sa droite, derrière une vitre de plexiglas. C’est sous un tonnerre d’applaudissements que l’artiste de la soirée se montre enfin, arborant un sourire aussi radieux que charmeur. Cela dit, les débuts d'”Alewife” sont compliqués pour la chanteuse ; attendant un chant ciselé et clair comme de l’eau de roche, je suis surprise d’entendre une voix plutôt cassée et enrhumée (la pauvre est effectivement tombée malade sur la suite de la tournée). Heureusement, elle parvient à reprendre son contrôle dès le deuxième titre, “Impossible”, ma chouchoute de l’album en raison de la richesse de ses sonorités.

On la désigne comme la nouvelle “starlette” de la bedroom pop américaine, un “phénomène” devenu viral. Pourtant, bien plus qu’une chanteuse à succès, Clairo est une personne simple qui transpire l’humanité jusqu’au bout de la salle. Cette dernière se transforme d’ailleurs subitement en lieu de fraternité. Comme pour confirmer mon ressenti, la musicienne reviendra fièrement sur des titres d’avant-succès tels que “Flaming Hot Cheetos” ou “2 Hold U”. Chaque chanson est intime et semble adressée à chacun sur le ton de la confession.

Le gros point positif de la performance live, c’est la prestation vocale. Je craignais qu’elle soit trop modifiée alors qu’elle n’a jamais été si authentique. La musicienne est passionnée de jazz, ce qui se ressent clairement en concert où l’on retrouve des couleurs vocaliques absentes de l’album ; “North” et “Bags” en ressortent sublimés.

L’Américaine, plutôt que de terminer le set sur un tube, opte pour une chanson inconnue du grand public. Elle-même n’a pas encore pris le temps d’en retenir les paroles, c’est pourquoi elle décide de les imprimer et de les garder à portée de main. Seule sur scène avec sa télécaster noire, elle prouve qu’elle a fait du chemin depuis ces covers postées sur Facebook. Finalement, après une ovation qui semble la surprendre, elle revient pour trois titres. Sur l’arrière-fond, qui change à chaque chanson pour laisser apparaître des vidéos diverses et variées, surgit tout à coup le fameux clip aux 44 millions de vues (à l’heure où j’écris cet article).

C’est émouvant de voir à quel point la distance est minime entre Claire Cottrill et Clairo, entre la jeune fille naturelle et débraillée et celle qui s’est présentée à nous ce soir avec un charisme indéniable que nous n’oublierons pas de sitôt.

Clairo Setlist L’Orangerie du Botanique, Sint-Joost-ten-Noode / Saint-Josse-ten-Noode, Belgium 2019
Please follow and like us:
error
fb-share-icon