Wolves In The Throne Room au Botanique : Le dernier crépuscule des temps

Amis des tĂ©nèbres obscures bonsoir ! Les amĂ©ricains de WOLVES IN THE THRONE ROOM, groupe qui puise ses influences dans les diffĂ©rentes dĂ©clinaisons plus ou moins extrĂŞmes du mĂ©tal, posait ses amplis Ă  Bruxelles ce lundi soir. Un nouvel album est prĂ©vu pour la fin de ce mois. Mais avant ça, c’Ă©tait pour eux l’occasion de venir envoyer quelques raz-de-marĂ©e sonores et de faire trembler les murs et les serres du Botanique et de sa Rotonde. Quand les Ă©lĂ©ments se dĂ©chainent il faut se cramponner, c’est ce que l’on a fait, et cela en valait vraiment la peine.

Les barbes, longues chevelures, tatoos et autres âmes ténébreuses vêtues de noirs sont en errances ce soir dans les serres du Botanique. Mais, au milieu de tout ça, émerge un discret mais irréductible gaulois en costard cravate. Quoi de mieux pour achever un pluvieux lundi qu’une bonne volée sismique à base de Black Métal ?

Les flamands de KLUDDE assurent la première partie ce soir. WikipĂ©dia nous renseigne sur l’origine du nom de ce groupe : il s’agit d’une crĂ©ature mĂ©tamorphe qui prend de nombreuses formes dont celle d’un chien noir, d’un cheval et d’un chat. Sous forme de cheval, il trompe les garçons d’Ă©curie et les jette dans un fossĂ©. VoilĂ , le dĂ©cor et l’Ă©tat d’esprit sont plantĂ©s. Le quatuor balance entre black mĂ©tal, batterie lĂ©gèrement punkisante et sonoritĂ©s proches du doom, sur fond de chant guttural. Le chanteur guitariste arrachant tous ses hurlements du fond de ses entrailles mais sans rien laisser paraĂ®tre physiquement, donnant une impression de force tranquille. Tranquille mais franchement remuante malgrĂ© tout. Le public semble bien apprĂ©cier cet ensemble qui Ă©vite le piège du cloisonnement des styles, ce qui peut rendre un concert très rapidement lassant pour les moins initiĂ©s. Il y a mĂŞme un type au premier rang avec des bĂ©quilles qui les lève vers le ciel en signe de croix entre chaque titre.

Après un changement de plateau et quelques checks micro Ă  l’ancienne (avec un roadie qui vient gueuler un bon coup des « one two one two check what’s uuuuup ») place Ă  la tĂŞte d’affiche du jour avec WOLVES IN THE THRONE ROOM. Quelques dĂ©cos Ă  base de motifs de Vikings sont disposĂ©es sur scène. La Rotonde est surblindĂ©e et on y rentre tout juste au chausse-pied quelques minutes avant le dĂ©but de leur set. Il est 21h20 lorsqu’ils montent sur scène sous une musique inquiĂ©tante faite d’incantations qui se perdent en Ă©chos jusque dans les trĂ©fonds de la Terre. Une odeur d’encens en provenance de la scène se rĂ©pand dans la salle. Autant prĂ©venir tout de suite, ce moment aĂ©rien et relativement calme sera le seul du concert, ou presque.

Quelques gĂ©missements de guitares et craquements de batterie annonciateurs d’un grand cataclysme sont les derniers avertissements pour tenter de fuir.  Les premières notes du titre “Born from the Serpent’s Eye” signent le point de non-retour. Quelques secondes plus tard, la tempĂŞte se met Ă  gronder avec fureur. Les guitares se mettent Ă  hurler rageusement, la batterie devient Ă©pileptique et les voix se muent en cris en provenance directe des enfers. Les mĂ©lodies (car oui il y a des mĂ©lodies, mĂŞme si certains diront que tout ça n’est que du bruit) sont celles qu’on pourrait entendre le jour oĂą la fin des temps sera alors inĂ©luctable.
La musique de Wolves In The Throne Room en concert c’est comme sentir le sol qui se dĂ©robe sous vos pieds par vagues d’attaques sismiques, voir la foudre s’abattre de toute part dans un grondement Ă  vous rendre sourd, sentir la puissance glaciale d’un raz de marĂ©e qui engloutit tout sur son passage, lutter contre un ouragan qui ne cesse de grandir et de se renforcer, fuir les flammes et la lave d’un volcan en pleine Ă©ruption et voir la terre Ă  la dĂ©rive, hors du système solaire. Et bien Ă©videmment, tout cela se dĂ©roule en mĂŞme temps. Bref, personne ne donnerait cher de votre peau. Mais malgrĂ© ça, de cette apocalypse sonore et mĂ©lodique, se dĂ©gage une puissance de frappe et Ă©motionnelle qui prend aux tripes. Ces attaques musicales successives sont parfois entrecoupĂ©es de quelques instants plus aĂ©riens, nous laissant juste le temps de respirer avant de replonger dans ce qui s’apparente au dernier crĂ©puscule des temps.
Le son est clair et on Ă©vite la bouillie sonore inaudible. Sur scène le groupe joue dans une vague constante de fumigènes et sous un halo de lumières bleues syncopĂ©es en contre-jour. Le chant est profond et rien de mieux pour se racler la gorge qu’une bonne gorgĂ©e de vin directement Ă  la bouteille. Chacun martyrise son instrument avec vigueur et rage sans jamais paraitre violent. Et c’est peut-ĂŞtre la conclusion la plus juste de ce concert qui aura durĂ© une petite heure quart : la fureur massive et colossale des Ă©lĂ©ments se dĂ©chainant sans jamais basculer dans une violence musicale brute et primaire. On n’ira pas jusqu’Ă  Ă©crire qu’une impression de finesse se dĂ©gageait de l’ensemble mais on s’est fait ramasser et ratatiner sans jamais trouver ça dĂ©sagrĂ©able.

Écrit par Jean-Yves Damien