GEORGIA est presque la Reine √† l’AB

Voil√† que l’Angleterre nous envoie encore une petite perle pop en provenance directe de Londres. Et cette perle s’appelle GEORGIA. Elle vient de sortir un deuxi√®me album, intitul√© “Seeking Thrills” port√© par le single “24 hours” qui pousse √† la danse et √† la f√™te. Le pr√©c√©dent album √©tait sorti il y a 5 ans d√©j√†. Plus aucune place n’est √† vendre pour le concert de ce soir dans l’intimiste AB Club. Cette passionn√©e de batterie et de football (elle a jou√© en √©quipe f√©minine √† Arsenal) n’en a pas pour autant perdu de sa f√©minit√©, ni de sa sensualit√© musicale.

Le r√©cent Brexit n‚Äôa pas arr√™t√© les Anglais qui continuent √† envahir les salles de concerts Bruxelloises. Ils √©taient d√©j√† plus de 3000 √† Forest National samedi pass√© pour le concert de Liam Gallagher. Ce soir √† l‚ÄôAB Club ils doivent encore constituer au moins la moiti√© du public. Apr√®s ce premier constat de type migratoire il est temps de passer √† la premi√®re partie. Mais √ßa commence avec un pc capricieux qui fait sa diva et refuse d’√©mettre le moindre soin. BRYN (jeune homme qui a fui le Rwanda il y a quelques ann√©es pour demander l’asile et vivre en Belgique) en profite pour papoter avec le public. Et quand √ßa repart, on d√©couvre une belle voix douce sous quelques nappes de synth√©s dans un style pop plein de sensualit√© et de chaleur. Mais d√®s le second titre c‚Äôest l‚Äôattaque s√©v√®re des basses qui nous secoue l‚Äôestomac, avec un texte chant√© en fran√ßais sans le moindre accent. Et il va altern√© textes dans la langue de Shakespeare et de Moli√®re toute au long de son set. Tout √ßa est ponctu√© de quelques passages plus ¬†dansant et rythm√©s. Bryn est un artiste singulier, difficilement classable mais √† la personnalit√© attachante et g√©n√©reuse.


Place ensuite √† la ¬ę Queen of the Night ¬Ľ avec GEORGIA. Sur sc√®ne, on retrouve quelques synth√©s, des pads et des cymbales qui s’imbriquent et s’entrem√™lent comme dans la tour de contr√īle d’un savant un peu fou. La demoiselle est une adepte du “do it yourself” et c’est donc en solo qu’elle monte sur sc√®ne pour venir prendre possession de ce complexe montage d’instruments. Mais l√† o√Ļ l’affaire devient plus complexe c’est dans le fait qu’elle n’est pas bien grande et qu’elle est finalement relativement fort dissimul√©e derri√®re tout cela. Une intro faite de voix amplifi√©es se fait entendre avant qu’elle n’envoie les premi√®res paroles de son tout r√©cent single “24 hours”. Elle ouvre ainsi les hostilit√©s via un coup de cymbale bien p√™chu. Durant tout son set elle va se d√©mener entre ses instruments et machines tout en assurant le chant avec justesse. La performance m√©rite d’√™tre soulign√©e. C’est juste dommage qu’une partie de l’habillage sonore se fasse via des bandes pr√©enregistr√©es. Le “do it yourself” a donc malgr√© tout un prix, qui est celui du sacrifice d’une partie du cot√© “live” de son concert.

La suite va √™tre une succession de titres qui prennent la forme de hits electro-pop avec quelques accents plus pos√©s, voir agr√©ablement trip-hop donc l’Angleterre est le berceau. Le titre “Honey dripping sky” en est l’illustration parfaite. Mais le reste du temps on est plus proche du dancefloor o√Ļ les refrains peuvent √™tre joyeusement scand√©s. “Never let you go” plonge dans ce sillon l√†. Mais c’est surtout “The thrill” avec ses sonorit√©s disco-r√©tro et son imparable ligne de basse et de synth√©s qui font bouger les corps. Et il en est ainsi tout au long de son long instru fait de mont√©es et descentes toutes aussi dansantes les unes que les autres. Le tout dans un nuage de fumig√®nes. L’effet est pareil avec le tr√®s digital “About work the dancefloor” qui fait d√©coller le Club qui porte tr√®s bien son nom ce soir.

Et voil√† que le rappel se pointe d√©j√† : au programme il y a de belles envol√©es sonores spatiales et des synth√© sortis des ann√©es 80 pour “Ultimate Sailor”. Mais il y a surtout ensuite ces quelques notes de synth√©s qui ont toujours le m√™me effet magique 35 ans apr√®s la version originale du morceau que l’on doit √† Kate Bush : “Running Up That Hill”. Alors oui le titre a d√©j√† √©t√© repris dans tous les sens et tous les styles (dont une tr√®s belle version a√©rienne et hypnotique de Placebo). La version que nous propose ce soir Georgia n’est pas r√©volutionnaire, ne trahit par la version originale non plus mais l’instant nostalgie fait son effet tout en y apportant une touche de modernit√© loin d’√™tre d√©sagr√©able. En tout cas on aura appr√©ci√© le moment.

Il est 21h53 lorsque les lumi√®re se rallument. Le set aura donc dur√© tr√®s exactement 53 minutes, rappel compris. Un peu light quand m√™me avec deux albums au compteur. Ce timing tr√®s (trop) court nous laisse un petit go√Ľt de trop peu, surtout au regard de ce qu’on a pu voir et entendre durant cette petite heure et qui nous a franchement enthousiasm√©.

√Čcrit par Jean-Yves Damien