MENU DE PLEIN AIR – Jour 1 : Glauque s’empare de la Citadelle de Namur

Se lancer dans l’organisation d’un √©v√©nement, surtout si il est culturel (voil√†, elle est plac√©e celle-l√†), en Belgique cet √©t√© peut d√©finitivement √™tre consid√©r√© comme “ambitieux et risqu√©”. Il faut √™tre pr√™t √† revoir ses plans √† tout moment en fonction des r√®gles et protocoles sanitaires qui, avouons le, partent parfois un peu dans tous les sens. Et comme on est en Belgique, lorsque les diff√©rents niveaux de pouvoirs s’en m√™lent, en plus parfois de la m√©t√©o, √ßa en devient une loterie absolue. Ce week-end c’est du cot√© de la Citadelle de Namur qu’il faut grimper pour avoir de l’animation. L’√©quipe en place l√†-haut propose son MENU DE PLEIN AIR. Au programme : un peu de tout, mais pas n’importe quoi. Du rock, de la folk, de l’√©lectro, du rap, du classique, du lyrique, de la chorale, etc. Tout √ßa sur deux sc√®nes pour des prestations de 45 minutes √† chaque fois.

La particularit√© du Menu de Plein Air est que les spectateurs ont la possibilit√© d’acheter leur place pour chaque concert et donc de composer leur menu en fonction de leur envies. Autre particularit√©, les concerts se d√©roulent sur deux sites distincts situ√©s de chaque c√īt√©s de l’esplanade de la Citadelle : Le Th√©√Ętre de Verdure et La Prairie Sup√©rieure. La sc√®ne du Th√©√Ętre de Verdure rassemble les artistes tourn√©s vers les musiques classiques au sens large du terme. On vous avoue, tr√®s honn√™tement, que nous sommes des n√©ophytes dans ce domaine et que notre connaissance du sujet ne nous permet pas d’en parler avec la justesse n√©cessaire qui lui est due. Mais on doit avouer que l’exp√©rience des musiques classiques ne fut pas d√©sagr√©able pour autant, avec un peu de soleil et le joli cadre verdoyant de la Citadelle, on a connu pire comme situation. On va donc se concentrer sur la deuxi√®me sc√®ne de “La Prairie Sup√©rieure”, plus orient√©e sur les musiques actuelles.

Et on commence avec le concert des “m√©di√©valeux” de PRIMA NOCTA. Ils annoncent qu’ils ont 45 minutes pour foutre le bordel, ils attaquent donc¬† imm√©diatement √† coups de tambours traditionnels, de cornemuses aux dimensions extravagantes, de violons et de rythmiques fantastiques que des guerriers sortis d’un monde fantastique n’auraient pas reni√©s pour f√™ter une belle victoire. Tr√®s rapidement les diff√©rentes “bulles” du public sont debouts et se mettent √† danser avec une conviction qui nous a manqu√© ces derniers mois. On voit m√™me des “pogos en bulles”. Prima Nocta poss√®de une fan-base qui d√©montre bruyamment son enthousiasme. Oui leur musique contient cette magie du rythme que l’√©lectro poss√®de √©galement pour mettre un public en transe et l’embarquer avec lui. Un petit peu √† la mani√®re des baroudeurs de l’√©lectro d’Hilight Tribe. Le public ne s’y est pas tromp√©, le concert est complet depuis un certain temps d√©j√†.

Place ensuite aux namurois de DRESS CODE, dont la musique est fortement influenc√©e par la New Wave. Le dress code est logiquement tourn√© vers le noir pour accompagner des m√©lodies sombrement tournoyantes, des sonorit√©s digitalis√©es et un chant d√©sabus√©. L’obscurit√© dansante des ann√©es 80 n’est pas loin. Et en plus le ciel s’est assombri. Les guitares ne sont pas pour autant mises au placard et elles sont m√™me avantageusement mises en avant avec quelques belles envol√©es qui nous font penser √† Editors, avant de partir dans de grandes cavalcades √©lectriques bien plus rudes et abrasives encore. Tout comme la basse qui gratte et racle durement. Les nappes de synth√©s sont quant √† elle souvent inqui√©tantes. Les ombres de Joy Division, des Cure et de Killing Joke rodent sur la Citadelle. Et le leader du groupe s’en va s’accrocher √† son pied de micro comme s’il s’agissait d’une derni√®re bou√©e avant de sombrer pour toujours. Leur reprise guitare-voix d’ “Enjoy The Silence” de Depeche Mode n’en est que la logique cons√©quence. Un seul regret comme la tr√®s justement mentionn√© le chanteur : √ßa serait quand m√™me mieux dans une salle sombre avec des spots, tous coll√©s les uns aux autres, avec un peu de sueur et de la bi√®re. On ne le contredira pas sur ce point. Ils ach√®vent leur set dans une attaque de guitares et de basses sauvages propuls√©es depuis les t√©n√®bres. Chance pour eux, ils auront esquiv√© la pluie de justesse. Cette derni√®re s’en donne √† cŇďur joie durant une petite demi heure… Mais bien comme il faut, avec le vent et tout, ne laissant aucune chance aux spectateurs du th√©√Ętre de verdure d’y √©chapper durant la prestation du ChŇďur de Chambre de Namur.

Cela fait maintenant une bonne ann√©e que l’on crie sur tous les toits que GLAUQUE est une des meilleurs choses qui soit arriv√©e dans le paysage musical Belge francophone ces derni√®res ann√©es (avis tout √† fait subjectif bien entendu). Ils sont namurois, nous sommes √† Namur c’est donc logiquement eux qui cl√īturent cette premi√®re journ√©e du Menu de Plein Air. C’est avec un premier EP et un second (tous les deux sortis pendant le confinement), qui est en fait une compilation de r√©interpr√©tations des titres du premier, que le quintet se pr√©sente √† la Citadelle. Inutile de vous signaler qu’on vous les recommande tous les deux. Le groupe a clairement pris de l’ampleur sur sc√®ne, et pourtant ils envoyaient d√©j√† franchement il y a quelques mois de √ßa. Mais Glauque c’est surtout un style hybride entre la rage du rock, le cot√© frontal du rap, les rythmes hypnotiques de l’√©lectro, des sonorit√©s parfois tr√®s m√©talliques (ou “m√©talleuses”), et des textes aussi brutes que nuanc√©s.
Et √ßa commence avec une intro instrumentale qui fait na√ģtre quelques notes √©lectroniques pour s’achever dans un tr√®s lourd bouillon de distorsions m√©talliques. Ils encha√ģnent avec le titre “vivre” et son refrain scand√© avec rage : on est tous vou√© √† vivre. Sur sc√®ne les deux chanteurs s’agitent au rythme de leur flow et d’une rythmique soutenue. Idem pour les 3 musiciens. C’est une impression de coh√©sion physique tr√®s puissante de l’ensemble qui se d√©gage de la sc√®ne. Vient ensuite le titre “Robot”. Ce titre, qui les a fait conna√ģtre, illustre cette formule savamment √©quilibr√©e : √ßa chante, √ßa rappe, il y a un beat, des synth√©s, une m√©lodie, et tout √ßa se goupille de mani√®re progressive jusqu’√† l explosion, sans √™tre too much, bord√©lique ou trop charg√© musicalement. Explosif au point de laisser le public fig√© quelques instants √† la fin de plusieurs morceaux, le temps que celui-ci puisse encaisser l’onde de choc et la renvoyer bruyamment au groupe sous la forme d’applaudissements et de cris.
Et puis par moment l’ambiance devient plus intime, sur un fond de piano et d’une voix √©corch√©e, proche des confins d’un trip hop urbain et a√©rien. Le titre ID8 en est l’illustration la plus √©vidente, plus calme, plus pos√©, et presque vaporeux, mais se concluant avec un retour fracassant de synth√©s satur√©s. Ils terminent leur set avec “Plane” : derni√®re vol√©e de bois musicale bien rageuse pour asseoir pour de bon son pouvoir sur la Citadelle. Mais en fait non, parce que le public en redemande. Ils reviennent donc pour un rappel improvis√© et rejouent le titre “Vivre” avec une √©nergie encore plus intense qu’en d√©but de set, le chanteur en perdant presque la voix en cours de morceau. Clap de fin de tr√®s haut vol pour cette premi√®re journ√©e au sommet de la Citadelle qui nous offre alors une vue panoramique sur un joli coucher de soleil qui vient illuminer la capitale wallonne.

√Čcrit par Jean-Yves Damien