ARENA 5 – K’S CHOICE et JASPER STEVERLINCK, le rock belge dans tous ses √©tats

Deuxi√®me soir√©e d’affil√©e pour nous √† l’ARENA 5. Deuxi√®me soir√©e 100% belge avec des artistes une fois encore plus que confirm√©s, venus des plates contr√©es du Nord du pays : JASPER STEVERLINCK et K’S CHOICE. Le premier nomm√©, qui avait commenc√© sa carri√®re comme chanteur au sein du groupe Arid, avait connu un fameux black out suite √† une maladie dont il avait mis longtemps √† se remettre. Depuis plusieurs ann√©es c’est en solo qu’il m√®ne sa carri√®re dans un registre √©pur√© qui √† l’avantage de valoriser sa voix tout √† fait fantastique. Du cot√© de K’S Choice, il faut rappeler que le groupe existe depuis pr√®s de 30 ans, avec cependant une pause au milieu des ann√©es 2000. K’S Choice est LE groupe belge de rock qui a marqu√© toute une g√©n√©ration dans les ann√©es 90, aussi bien en Belgique qu’√† l’√©tranger, avec des titres qui continuent encore de passer en radio et de susciter le m√™me enthousiasme aupr√®s des auditeurs.

C’est vers 19h30 et sous un ciel l√©g√®rement mena√ßant que le concert de JASPER STEVERLINCK d√©bute. En fond sonore r√©sonne un blues incantatoire. Jasper et ses musiciens montent alors sur sc√®ne : un ensemble guitare-batterie est compl√©t√© par un ensemble classique compos√© d’une contrebasse, d’un piano et d’un quatuor √† cordes. l’accompagnement musical est donc tr√®s riche pour venir accompagner la voix de Jasper. Et quelle voix ! A√©rienne, puissante et profonde, avec ce timbre particulier, d’une justesse absolue et permanente.
Durant tout le set, qui va durer pr√®s d’une heure trente, Jasper va mettre ses musiciens √† l’honneur en profitant de la vari√©t√© musicale qu’ils lui permettent. Ils vont alterner les moments de grandes symphonies classiques (dont une reprise de K’S Choice), sans jamais virer dans le grandiloquent, les passages rock’n’blues plus ac√©r√©s et robustes avec des basses bien rondes, ainsi que des passages intimistes, presque mystiques et religieux o√Ļ seul un instrument vient accompagn√© discr√®tement la voix de Jasper alors avantageusement mise en avant. On touche alors √† quelque chose de fragile et donc de pr√©cieux. L’assistance fait alors preuve d’un silence rare en concert, surtout en plein air. Son dernier album “Night Prayer” propose en effet un paquet de chansons dans ce registre guitare ou piano-voix tr√®s √©pur√©, mais o√Ļ la puissance √©motionnelle reste le moteur.
Jasper explore aussi toute la diversit√© de ses compositions et de son talent en allant aussi vers des contr√©es plus inattendues, comme lorsqu’il se lance avec assurance et ma√ģtrise dans une prestation en provenance directe d’un op√©ra. Sa puissance vocale a alors pour effet de faire hurler le public qui ne s’attendait pas √† pareil prestation. Sa reprise de “Life On Mars” de Bowie finit de convaincre les √©ventuels derniers sceptiques de l’assistance. Il fait aussi une incursion dans le r√©pertoire de son ancien groupe, Arid, en reprenant le titre “You are”. En conclusion, on peut dire que Jasper Steverlinck a propos√© un set g√©n√©reux et de grande qualit√© dans la tradition de certains groupes de rock originaires de Flandre : propre et efficace, incisif et classieux √† la fois.
La soir√©e continue ensuite avec K’S CHOICE. C’est avec une petite vingtaine de minutes de retard que les fr√®res Bettens montent sur sc√®ne avec le reste du groupe. Le public s’impatiente et le fait savoir bruyamment. Mais finalement tout cela n’est pas bien grave puisque la nuit est maintenant solidement tomb√©e sur le plateau du Heysel. La formation sur sc√®ne est impressionnante : 3 guitares, une basse, une batterie et un synth√©. On sait d√©j√† qu’ils ne sont pas venus pour faire les choses √† moiti√©.
Et le concert part effectivement sur les chapeaux de roues. Les ann√©es passent, les cheveux grisonnent par-ci par-l√†, mais la puissance et la fougue du groupe sont toujours intactes, aid√©es par un mur de son clair et puissant qui fait plaisir √† entendre. Le public est debout et √† fond d√®s les premiers notes, on voit m√™me l’esquisse d’un l√©ger pogo entre deux rang√©es de chaises. Le lightshow est lui aussi massif avec stroboscopes et tout l’attirail n√©cessaire pour donner plus d’ardeur encore au set.
On avoue bien volontiers qu’on avait un peu oubli√© que K’S Choice √©tait toujours actif et continuait de proposer de nouvelles compositions. Ils n’ont pas perdu la main non plus de ce c√īt√©-l√†. Malgr√© les ann√©es qui passent, on retrouve cette marque de fabrique qui avait impr√©gn√© leurs d√©buts avec pas mal de compositions dans un style power-rock efficace et accrocheur, suffisamment abrasif pour l’amateur de rock pur et dur, tout en √©tant calibr√© pour passer en radio √† des heures d√©centes. La voix de Sam n’a pas chang√© non plus, et en fermant le yeux, on se retrouve plong√© 20 ans en arri√®re avec nos cheveux gras et forc√©ment un peu trop long selon l’avis de nos parents.
Tous leurs plus grands hits sont jou√©s : “Not an addict”, dans une version un peu plus pos√©e que l’originale, “Losing you”, “Believe”, “Almost happy”, “I smoke a lot”, “Virgin state of mind”. Dans le public c’est l’hyst√©rie √† chaque nouvelle chanson d√®s que les premi√®re notes retentissent. Et sur sc√®ne, on semble prendre son pied √©galement, avec un complicit√© toujours chouette √† voir entre l’ensemble des musiciens. Cet enthousiasme est vraiment communicatif. M√™me la pluie qui se met √† tomber de mani√®re assez soudaine sur “Mr Freeze” (et ce jusqu’√† la fin du concert) n’affecte pas l’enthousiasme des spectateurs qui avaient de toute fa√ßon anticip√© les caprices du facteur m√©t√©o. Sam en profite alors pour remercier le public de rester alors que les conditions m√©t√©os ne sont vraiment pas simples.
Parlons malgr√© tout du seul (petit) point n√©gatif de la soir√©e : il a fallu attendre pr√®s d’une heure de concert pour que Sam ne s’adresse au public aussi bien en fran√ßais qu’en n√©erlandais, et ce apr√®s que son fr√®re le lui ait discr√®tement signal√© √† l’oreille entre deux chansons. Nous sommes d’accord que K’S Choice est un groupe venant de Flandre et que la majorit√© du public √©tait n√©erlandophone, mais l’ensemble des artistes qui ont particip√© jusqu’√† pr√©sent au festival Arena 5 √† Bruxelles ont pris le temps de s’adresser au public dans les deux langues, peu importe leur niveau de ma√ģtrise de celles-ci. Une fois le mal r√©par√©, on avoue s’√™tre senti plus impliqu√© et inclus dans le concert. Il √©tait alors temps d’aller balancer joyeusement nos t√™tes sur l’√©norme reprise du “No one knows” des Queens Of The Stone Age. On pousserait m√™me la chose jusqu’√† dire que cette version √©tait encore plus percutante que l’originale qui est pourtant d√©j√† pas mal dans le genre rouleau-compresseur.
Pour le rappel Sam revient seul sur sc√®ne avec une guitare acoustique pour un premier titre. Le reste du groupe le rejoint ensuite pour un titre tout √† fait fantastique : une intro au piano et au ukul√©l√© qui nous fait penser aux compositions les plus enchanteresses de Sigur Ros. Le piano est alors seule √† battre une mesure annonciatrice de quelque chose qui va probablement devenir bien plus grand et explosif √† un moment o√Ļ l’autre. Il est effectivement rapidement rejoint par la batterie et les guitares pour une fameuse mont√©e en tension √©lectrique. Une belle pi√®ce de post-rock sauvage et lumineux qui se transforme en traditionnelle tornade sonore propre √† ce style de rock instrumental. Et c’est finalement le piano qui vient conclure l’affaire sur une derni√®re note toute en douceur. La pluie s’est arr√™t√©e. Bonne nuit.

√Čcrit par Jean-Yves Damien