BILAN 2021 – ACTE 2 : Bons baisers des 4 coins du globe

Après un premier acte consacrĂ© aux artistes belges, on vous propose la suite de notre rĂ©trospective de l’annĂ©e 2021. Il est temps de s’intĂ©resser Ă  ce qu’il s’est passĂ© au delĂ  de nos petites frontières. Tout comme au niveau national, les sorties se sont bousculĂ©es et enchainĂ©es Ă  la rentrĂ©e avec pas mal de grosses pointures qui sont sorties du bois alors qu’un dĂ©confinement gĂ©nĂ©ralisĂ© s’opĂ©rait. Coldplay, Adèle et Ed Sheeran ont fait partie de cet arrivage. On a mĂŞme vu ABBA sortir un nouvel album ! De quoi remplir quelques stades (et les tiroirs caisses) au passage pour certains d’entre eux. Mais Ă  cotĂ© de ces machines de guerre on a aussi vu et et entendu pas mal d’autres choses dans des registres toujours plus larges et variĂ©s. On vous prĂ©sente ici notre petite sĂ©lection de l’annĂ©e 2021, toujours forcĂ©ment subjective et donc incomplète !

Et on commence malgrĂ© tout avec un artiste qu’il n’est plus nĂ©cessaire de prĂ©senter : MOBY. Chaque nouvel album qu’il sort constitue toujours un sacrĂ© Ă©vĂ©nement ! Enfin ici, l’album n’est pas vĂ©ritablement “nouveau”. Chacun des morceaux Ă©tant une rĂ©-orchestration et rĂ©-interprĂ©tation de ses tubes ainsi que de quelques morceaux un peu moins connus du grand public. Artiste multi-instrumentiste et extrĂŞmement Ă©clectique dans ses goĂ»ts et dĂ©marches, Richard Melvillel Hall nous propose cet album enregistrĂ© avec le Budapest Art Orchestra et une plĂ©thore d’invitĂ©s dont entre autres : Gregory Porter sur “Natural Blues”, Jim James (chanteur de My Morning Jacket) sur “Porcelain” ou encore Mark Lanegan sur “The Lonely Night”. Avec cet album, Moby met vĂ©ritablement en place quelque chose de diffĂ©rent par rapport Ă  ce qu’il nous a sorti tout au long de sa carrière. Le moins que l’on puisse dire c’est que le portage en version orchestrale est magistralement rĂ©ussi, on redĂ©couvre des morceaux que l’on connaissait pourtant par cĹ“ur dans leur version originale sans en enlever l’essence mĂŞme. On se laisse complètement transporter par la profondeur et la grandiloquence de certains morceaux pendant que d’autres filent une pĂŞche folle !

Pour la suite, on vous parle d’une chanteuse qu’on avait dĂ©couverte Ă  l’automne 2020 dans le cadre des Nuits du Botanique : Ana Benabdelkarim, qui se cache derrière le pseudonyme de SILLY BOY BLUE (en rĂ©fĂ©rence parfaitement assumĂ©e au titre de la chanson de David Bowie) a donnĂ© naissance Ă  un premier album composĂ© de 12 titres d’une pop un peu dark et torturĂ©e, et pourtant bourrĂ©e de romantisme et de sensibilitĂ©. Cet album a en effet Ă©crit Ă  la suite d’une douloureuse rupture sentimentale.  On retrouve la mĂŞme approche Ă  fleur de peau que Chez Pomme par exemple, sans filtre et donc forcĂ©ment plus touchante. Bien que le titre Ă©tait dĂ©jĂ  sorti sur son premier EP avant 2021, et qu’il figure un peu comme un bonus pour conclure cet album, on ne rĂ©siste pas au plaisir absolu de vous partager le clip du titre “The Fight” et de son instru complètement prenant et saisissant. Attention les poils vont s’hĂ©risser.

L’artiste suivant avait dĂ©jĂ  eu droit Ă  son petit paragraphe dans notre bilan 2020. RONE avait en effet proposĂ© “Room With A View”, un album intemporel Ă  la rencontre de la musique Ă©lectronique, cĂ©rĂ©brale et classique, en y associant un troupe de danse contemporaine lors de concerts aux airs de performances dystopiques. Le garçon est gĂ©nĂ©reux et il a donc ressorti cet album sous le nom “Rone & Friends”, proposant ainsi Ă  une vĂ©ritable plĂ©iade d’invitĂ©s de retravailler avec lui plusieurs des morceaux de cet album. Au casting on retrouve notamment Odezenne, Camelia Jordana, Georgia, Jehnny Beth, Dominique A et Flavien Berger. Des univers et des influences riches qui donnent un visage radicalement diffĂ©rent et très humain Ă  tous ces titres. L’idĂ©al pour ceux qui peuvent Ă©prouver du mal Ă  aborder la musique Ă©lectronique comme quelque chose pouvant gĂ©nĂ©rer des Ă©motions. Nous ne sommes donc clairement pas dans le concept d’une rĂ©Ă©dition faite de remix pondus Ă  l’arrache pour remplir des minutes de l’album. L’annĂ©e 2021 aura aussi Ă©tĂ© celle oĂą Rone aura gagnĂ© une Victoire de La Musique pour sa BO du film “La Nuit Venue” oĂą l’on retrouvait dĂ©jĂ  Camelia Jordana, mais en tant qu’actrice. Et il a pris goĂ»t Ă  l’exercice puisqu’il a composĂ© cette annĂ©e la très rĂ©ussie BO d’un second film, “Les Olympiades”.

L’air de rien, les annĂ©es passent et le producteur de musique Ă©lectronique VITALIC fĂŞte dĂ©jĂ  ses 20 ans de carrière avec un cinquième album sorti cette annĂ©e : “Dissidænce Episode 1”. Il y aura donc un deuxième Ă©pisode qui devrait arriver rapidement. Cet album ne rĂ©volutionne pas le style Ă©lectro-abrasif survitaminĂ© avec lequel il a construit son identitĂ© sonore, mais il constitue un bel Ă©chantillonnage de tout ce que le dijonnais a proposĂ© depuis deux dĂ©cennies : des sons massifs aux couleurs mĂ©caniques (en mode locomotive Ă  vapeur lancĂ©e en descente et sans les freins), des rythmiques dansantes, des basses qui fracassent, quelques voix pour venir haranguer les clubbeurs et des mĂ©lodies de fonds aussi fines qu’efficaces. Les annĂ©es passent mais la vigueur et l’esprit de la rave demeurent intactes avec comme seul et unique but de faire danser les foules aux 4 coins du monde. Vitalic ne semble pas près de vouloir s’assagir et c’est tant mieux.

On prend ensuite la direction de l’hĂ©misphère Sud et de l’Australie pour aller Ă  la rencontre de l’auteur-compositeur-interprète et arrangeur RY X. Mais celui-ci nous fait faire aussi rapidement le trajet retour en atterissant Ă  Londres. Il a en effet sorti, en vinyle uniquement, un live enregistrĂ© au Royal Albert Hall. Jusque lĂ  rien d’exceptionnel. Mais lĂ  oĂą l’histoire devient divine, c’est quand on sait que ce live a Ă©tĂ© enregistrĂ© en compagnie du London Contemporary Orchestra. Chaque son qui s’Ă©chappe de ces 76 minutes est un vĂ©ritable dĂ©lice auditif. Un sentiment contemplatif et d’apaisement se dĂ©gage de cet ensemble entre folk, Ă©lectro, ambient et musique classique oĂą des choristes viennent aussi pousser la voix sur quelques titres. RY X qui possède lui aussi une voix tout Ă  fait majestuesue. Cet enregistrement live constitue une pièce musicale aussi singulière que prĂ©cieuse pour dĂ©connecter et laisser voyager et rĂŞver son esprit sans contrainte.

A dĂ©faut de vidĂ©o officielle de son passage par le Royal Albert Hall de Londres, on vous propose celle de son passage par Bruxelles en 2018, aussi en compagnie d’un Orchestre.

On traverse l’Atlantique pour aller Ă  la dĂ©couverte de deux soeurs qui forment ensemble NEONI. Elles ont sorti cette annĂ©e un premier mini-album, “Wars In Wonderland”, composĂ© de 8 titres qui Ă©volulent dans une pop Ă  la fois fraiche, musclĂ©e et sombre. En bonnes amĂ©ricaines, leurs compositions sont très bien produites avec pas mal d’arrangements Ă©lectros qui rendent l’ensemble très moderne et puissant. Une bonne mise !

Retour en Europe, et plus prĂ©cisĂ©ment en France, avec le raz-de-marĂ©e de cette fin d’annĂ©e provoquĂ© par ORELSAN avec son album “Civilisation”. Il est en train d’affoler tous les compteurs : vues sur Youtube, Ă©coutes streaming et ventes physiques avec notamment 300 000 exemplaires dĂ©jĂ  Ă©coulĂ©s en quelques semaines. Ce dernier chiffre vient Ă©craser tous les autres au regard de l’Ă©tat du marchĂ© du disque durant ces dernières annĂ©es. Mais au delĂ  de ces chiffres, Orelsan rĂ©ussit Ă  rallier Ă  sa cause un public toujours plus large et surtout Ă  effacer l’image de “petit blanc privilĂ©giĂ© issu de la province et faisant du rap pour occuper ses journĂ©es”. Orelsan a des choses Ă  dire, et il les dit avec beaucoup de justesse et sans dĂ©tour, comme avec “L’odeur de l’essence” au texte qui nous renvoie de manière inquiĂ©tante au monde moderne dans lequel nous vivons, accompagnĂ© par un clip aussi rĂ©ussi qu’asphyxiant. Une rĂ©ussite totale qui prend des airs de version actualisĂ©e de son titre “Suicide Social” qui avait fait coulĂ© beaucoup d’encre il y a 10 ans. Le titre “Manifeste” prĂ©face Ă©galement de manière brute et directe ce premier single. MĂŞme constat dĂ©crit sur “Baise le monde” qui dĂ©peint la mondialisation et la surconsommation que rien ne semble arrĂŞter. “La quĂŞte” tire le portait d’une sociĂ©tĂ© des apparences et du bonheur. Mais Orelsan se montre aussi beaucoup plus posĂ© et introspectif avec certains titres plus intimes, comme sur le très joli dernier single “Jour Meilleur”. Il fait aujourd’hui l’unanimitĂ© et son dernier album est encensĂ© pas tous les mĂ©dias, gĂ©nĂ©ralistes et spĂ©cialisĂ©s. A 39 ans, il reconnait avoir voulu Ă©crire un album pour plaire Ă  ses parents alors qu’avant il voulait Ă©crire des albums que ses parents dĂ©testeraient… La mission est accomplie avec succès, et tout cela valait bien un petit pavĂ© d’Ă©criture.

DĂ©cidĂ©ment pas mal de choses auront Ă©mergĂ©s et retenus notre attention (et mĂŞme bien plus) en provenance de chez nos voisins du Sud. En effet, cela fait 25 ans que les Bayonnais de GOJIRA font les beaux jours de la scène Death Metal, avec ces riffs ciselĂ©s, cette batterie faite de breaks Ă©nergiques et puissants, et leur maĂ®trise technique propre à  ce style particulier  qu’est le Death Metal. Le 07 mai 2021 fera date dans l’histoire de Gojira car c’Ă©tait la première fois que ce style musical avait les honneurs d’une Ă©mission comme Quotidien, sur TMC…La faute Ă  qui ? Ă  quoi ? Je vous rĂ©pondrai la faute Ă  “Fortitude”, le septième album de ces vegans et ardents dĂ©fenseurs de la planète. Cet album bipolaire comme ils aiment Ă  le dĂ©crire, avec ce cĂ´tĂ© “gras” et “moins gras”, reste un album de death, avec cette bestialitĂ© qui a fait leur succès, mais dans lequel une touche de lĂ©gèretĂ© presque fĂ©minine a Ă©tĂ© apportĂ©e, reflĂ©tant un Ă©tat d’esprit ou une certaine forme de maturitĂ© musicale, comme l’atteste l’utilisation de chĹ“urs sur “The Chant” ou “Hold On”, mais aussi  leurs prĂ©occupations bien plus profondes comme en tĂ©moigne  “Amazonia”, et leur soutien Ă  la cause Ă©cologique…
Donc, moins lourd (parfois), plus mĂ©lodique (souvent), plus curieux dans son instrumentalitĂ© et plus abordable aussi… L’ enfant sauvage n’a pas complètement disparu, le magma brĂ»le encore dans ses veines et il garde son cĂ´tĂ© guerrier. Mais il a appris Ă  parler, Ă  s’exprimer, tout en nuances…

Écrit par Jean-Yves Damien