LaSemo 2022 : bien plus qu’un festival, une bulle d’oxygène

Après 3 ans d’abstinence (relative), l’heure Ă©tait aux grandes retrouvailles pour les aficionados du plus familial des festivals durables : LaSemo. Nous Ă©tions bien sĂ»r au rendez-vous et nous avons retrouvĂ© le Parc d’Enghien… comme si nous ne l’avions jamais quittĂ© !

Après deux Ă©ditions concepts (Ceci n’est pas LaSemo et Ceci n’est toujours pas LaSemo) ayant permis Ă  la grande famille de LaSemo de ne pas trop se perdre de vue, le festival Enghiennois fĂŞtait les 8, 9 et 10 juillet son grand retour.

Quel vĂ©ritable bonheur de glisser Ă  nouveau les orteils entre les brins d’herbe du sublime Parc d’Enghien pour une parenthèse enchantĂ©e hors du temps. Car c’est vĂ©ritablement cela que nous offre LaSemo : une bulle d’oxygène au sein de laquelle chacun trouvera de quoi Ă©pancher sa soif et s’Ă©vader le temps d’un weekend de son train-train quotidien.

Pour bien comprendre ce qu’est LaSemo, il faut le vivre. Car LaSemo n’est pas un festival de musique. LaSemo est bien plus que ça. LaSemo est un monde Ă  part entière, un univers au doux parfum d’utopie qui emmène nos cinq sens en voyage. FondĂ© sur les valeurs de durabilitĂ©, LaSemo propose une multitude d’activitĂ©s tels que (bien sĂ»r) des concerts en plein air, mais aussi des spectacles d’art de rue, des confĂ©rences, des animations pĂ©dagogiques et ludiques pour tous les âges.

LaSemo, on y va un peu comme Ă  une grande fĂŞte dans le jardin de ses meilleurs amis. Jamais aucun festival n’a rĂ©ussi Ă  crĂ©er un cadre dans lequel on se sent autant chez soi. On y arrive sans aucun programme et on se laisse dĂ©ambuler au grĂ© de nos envies lĂ  nous emporte le vent. Un des aspects primordiaux qui permettent de vivre le festival comme une expĂ©rience douce et rafraichissante est sans aucun doute la taille du site et sa faible dĂ©mographie relative en terme de public. MĂŞme Ă  pleine capacitĂ©, on n’est jamais oppressĂ© par la foule, on peut s’assoir dans l’herbe Ă  dix mètres de la scène pour regarder les concerts, retrouver ses amis avec une facilitĂ© dĂ©concertante sans envoyer les 25 traditionnels “T’es oĂą?” par SMS, faire un aller-retour au camping pour prendre un pull sans rater la moitiĂ© de son concert, dĂ©cider de faire une sieste dans un des nombreux hamacs dissĂ©minĂ©s sur le site, aller au bar ou aux toilettes sans subir d’interminables files. Ă€ LaSemo, tout est proche et facile (sauf peut-ĂŞtre les douches du camping festif… ^^). Et c’est sans doute grâce Ă  cela que l’on s’y sent si bien : on peut s’y laisser vivre au grĂ© de nos envies, sans rien planifier, laisser l’ambiance nous prendre par la main et dĂ©ambuler au grĂ© des nombreux Mondes dont LaSemo regorge avec une fluiditĂ© dĂ©concertante.

Les Mondes de Lasemo

On ne pouvait pas vous prĂ©senter LaSemo sans vous emmener faire un petit tour du propriĂ©taire. Outre les deux grandes scènes qui accueillent les tĂŞtes d’affiche musicales du weekend (la Scène de la Tour et la Scène du Château, qui s’Ă©tale majestueusement au pied du superbe Château d’Enghien), LaSemo regorgent d’espaces aux ambiances, thĂ©matiques et univers visuels riches et variĂ©s.

Point de ralliement prĂ©fĂ©rĂ© des festivaliers, la Guinguette abrite un petite scène festive et le plus formidable bar Ă  bières artisanales que j’ai connu en festival. InstallĂ© dans une ancienne fontaine gĂ©ante perdue au milieu des bois, l’espace se transforme le temps d’un verre (ou six…) en vĂ©ritable lieu de rencontre et de dĂ©couvertes sous les lampions. On y commence nos journĂ©es, on y termine nos soirĂ©es et on y revient lors de chaque temps-mort.

En famille, on se dirigera naturellement vers Le Pays des Merveilles et L’Amusoir.  Si le Pays des Merveilles se veut ĂŞtre un petit coin de paradis crĂ©Ă© pour et par les enfants, l’Amusoir offre quant Ă  lui de quoi se sustenter en activitĂ©s pour tous les âges, de 7 Ă  77 ans. Imaginez un monde rempli de jeux en bois, de pommes d’amour, d’une ambiance des annĂ©es 30. On ira Ă©galement se laisser emporter par l’EpopĂ©e de Gilgamesh et autres histoires enchanteresses Ă  la Tour des Contes.

Mais LaSemo, c’est aussi la volontĂ© de nous emmener dans cette envie de changer les codes, pour aller vers plus de durabilitĂ©. Entre grands enjeux sociaux et environnementaux et petites actions qui changeront le monde, le festival nous invite Ă  La Papoterie pour Ă©changer avec des personnalitĂ©s inspirantes telles que l’Ă©cofĂ©ministe Vandana Shiva, le cycloexplorateur François Loncke ou le docteur en philosophie Josef Schovanec. On se laissera Ă©galement porter par une balade musicale Ă  l’ombre des arbres ou par l’un des innombrables spectacles d’arts de rue et de cirque qui jalonnent la programmation.

Et si parmi tout cela, vous ne trouvez pas encore votre bonheur, vous pourrez toujours vous offrir une sieste Ă  l’Espace Zen ou aller jouer au pilier de comptoir toute la journĂ©e au lĂ©gendaire Troquet. Car si LaSemo rĂ©serve certains de ses espaces aux enfants, le Troquet, quant a lui, cumule (savoureusement) assez de mauvais goĂ»t, de huitième degrĂ© et d’absence de tabous pour que les enfants n’y soient pas les bienvenus ! Une fois passĂ©es les portes – bien cachĂ©es dans les bois – du Troquet, son tenancier moustachu aura vite fait de vous servir dans un grand verre son pastis prĂ©fĂ©rĂ© ou une cruche d’Urine boraine (coeur avec les doigts pour cette bière). On y trouve un savant mĂ©lange de chanson française ringarde, de stand up Ă  l’humour gras et piquant, de speed dating malaisant et de karaokĂ© angoissant. Aucun tabou, beaucoup d’humour et des jeux qui ne se prennent pas au sĂ©rieux. Mention spĂ©ciale pour le concert de Johnny Cadillac (Ă©lu meilleur sosie de Johnny) qui clĂ´turait cette annĂ©e le festival !

Ouais mais… Et la musique dans tout ça?

“C’est vrai quoi? Scenes Belges, ça cause de musique, nan?” Oui. Mais si nous n’avons volontairement pas entamĂ© cette review par la progra musical, c’est parce que ce n’est pas lĂ  que rĂ©side le coeur et l’identitĂ© de LaSemo. En tout cas, ce n’est clairement pas elle qui justifie l’achat de mon ticket chaque annĂ©e. Mais si l’on ne peut s’empĂŞcher parfois un lĂ©ger sentiment de redondance d’annĂ©es en annĂ©es Ă  la vue de certains noms, LaSemo nous a cependant Ă  nouveau offert cette annĂ©e de grands moments de musique live !

Mon weekend a dĂ©butĂ© avec le concert envoĂ»tant de la dĂ©tonante Alice Phoebe Lou, dont l’indie folk teintĂ© de jazz et de blues et le dynamisme Ă©tincelant n’ont laissĂ© personne indiffĂ©rent. C’est ensuite avec un Girls in Hawaii fidèle Ă  lui-mĂŞme que nous avions rendez-vous. Comme Ă  son habitude, le groupe brabançon nous a dĂ©versĂ© son indie-pop cotonneuse et murmurante avec une prĂ©cision enveloppante. Un set techniquement irrĂ©prochable qui manquait cependant d’un peu de pĂŞche et de communication. Pour notre dose quotidienne de musique festive, c’est du cĂ´tĂ© de l’afro-pop de FĂągĂą Mango et de l’endiablĂ©e electro-swing jazzy de Alice Francis que nous nous sommes tournĂ©s ce vendredi soir.

C’est probablement la journĂ©e de samedi qui nous a offert le line up le plus excitant (de mon point de vue objectivement très subjectif, bien entendu). D’abord pour le rĂ©confort d’avoir retrouvĂ© le Barcella libre, audacieux et moderne que l’on avait adorĂ© dĂ©couvrir sur la mĂŞme scène trois ans plus tĂ´t. Ensuite pour la surprise Ă©motionnelle procurĂ©e par le concert de Tim Dup, dĂ©bordant d’Ă©nergie. TantĂ´t claire, douce et reposante, tantĂ´t dĂ©bordante, tranchante et explosive. Toujours sincère.

Patrice avait la lourde tâche d’entamer la soirĂ©e sur la Scène du Château. Un concert auquel je me suis rendu avec un peu d’apprĂ©hension, tant l’artiste germano-sierra-lĂ©onais a rythmĂ© mon adolescence et tant sa carrière fut marquĂ©e par une Ă©volution stylistique aussi exaltante que (parfois) dĂ©routante – particulièrement ses dernières annĂ©es. Mais mes doutes furent rapidement balayĂ©s par un concert rĂ©sonnant comme un vĂ©ritable retour aux sources. L’artiste piochant les Ă©lĂ©ments de sa set list dans l’ensemble de son rĂ©pertoire tout en laissant la part belle aux morceaux emblĂ©matiques de ses premiers albums. Le tout devant un public qui connait les paroles par coeur – et mĂŞme DANS le public, puisqu’il s’offrira comme Ă  son habitude en fin de concert une performance ragga, dĂ©bitant un nombre impressionnant de mots Ă  la seconde, au coeur de la foule, perchĂ© sur les Ă©paules d’un de ses acolytes et accompagnĂ© de sa caravane de percussionnistes.

Nous allons ensuite choisir (difficilement tant le choix est grand) un délicieux repas parmi les dizaines de foodtrucks qui constituent la Caravane des Saveurs. Un moment gourmand au coucher du soleil devant les vibes néo-orientales, nonchalamment ensoleillées, de Johan Papaconstantino.

C’est juste après cela, une fois la nuit tombĂ©e sur LaSemo, que nous avons reçu la plus grosse claque du weekend, avec l’incroyable show de Thylacine. Notre coup de coeur de cette Ă©dition 2022, sans aucun doute ! VĂ©ritable chantre d’une electro française qui invite au voyage, Thylacine est un artiste complet. Son spectacle nous transporte aux rythmes des voyages qui ont vu naĂ®tre ses oeuvres musicales. Le light set audacieux et flamboyant, chorĂ©graphiĂ© pour ne faire qu’un avec la musique, permet au public de se plonger littĂ©ralement dans l’expĂ©rience “transsibĂ©rienne” que nous offre l’artiste. On a l’impression de toucher du bout des doigts les flux sonores qui nous submergent. AccompagnĂ© sur scène par le piano Ă  queue de son ami Bravin, Thylacine nourrit constamment ses beats de riffs de baglama, de notes de saxophones, de bruits de trains ou encore de samples de musique classique. Surprise après surprise, il offre au public une expĂ©rience vĂ©ritablement transcendantale, qui ne nous laisse aucun rĂ©pit et nous emporte avec elle, très loin au-dessus du sol. J’ai clairement vĂ©cu ce concert de Thylacine comme une de mes expĂ©riences electro les plus incroyables de ses dernières annĂ©es, sans doute Ă  Ă©galitĂ© avec la performance de Mezerg il y a un an Ă  Esperanzah. Il nous faudra ensuite de longues minutes (et une pause dĂ©saltĂ©rante au bar!) pour reprendre nos esprits et nous mettre en route vers la Guinguette oĂą nous terminerons la soirĂ©e sur les basses exotiques du crew de DJ fĂ©minin Tropical Djipsies.

Après un tel samedi soir, on regrettera une progra de dimanche qui, tout aussi qualitative soit-elle, nous baignera un peu trop tĂ´t dans une ambiance de fin du weekend. Le festival fermant ses portes Ă  une heure très (trop) raisonnable n’y Ă©tant pas Ă©tranger. La journĂ©e nous offrira cependant encore quelques merveilleux moments scĂ©niques, notamment avec le concert touchant d’Ă©nergie et de paroles justes d’un Ben MazuĂ© occupant admirablement bien la scène du Château. Ou encore grâce Ă  l’immanquable rendez-vous annuel avec celui dont on ne sait plus si il est le parrain ou la mascotte du festival: CĂ©dric Gervy. Un dĂ©licieux moment de nostalgie, d’humour et de chaleur humaine, comme Ă  chaque fois.

On retiendra plus particulièrement de cette dernière journée nos deux belles découvertes du jour. La première avec la cumbia (musique traditionnelle colombienne) revisitée à la sauce punk de Chico Trujillo. La seconde avec le swing jazzy de Klischée, qui nous emmène faire la fête à Pékin, prendre des petits-déjeuners nocturnes à Berlin ou toucher du bouts des oreilles le faste de grands hôtels de luxe à Cuba.

Et c’est bien entendu au Troquet qu’on vivra la fin de cette belle aventure de trois jours, tout naturellement (ou lamentablement?) affalĂ© au bar, sous les QUUUEEE JE T’AIIIMMEUHHH de Johnny Cadillac, en se demandant comment ça a pu passer si vite et en faisant des grandes claques dans le dos de tout le monde… “Ă€ l’annĂ©e prochaine, hein, fieu !”

Écrit par Jonathan Piroux

Jonathan Piroux

Reporter