Esperanzah! 2022 – day one : la dĂ©croissance au service de la culture !

Après deux annĂ©es d’absence, EspĂ©ranzah ! est de retour dans une formule qui pousse toujours plus loin son engagement. Une vingtième Ă©dition sous le signe de la dĂ©croissance, empreinte de nostalgie tout en Ă©tant tournĂ©e vers le futur. Retour sur notre première journĂ©e de festival dans le cadre magnifique de l’Abbaye de Floreffe.

EspĂ©ranzah ! avait Ă  coeur d’Ă©couter ses festivaliers et a su comment profiter de ces deux annĂ©es de “pause forcĂ©e” en repensant sa formule. Les festivaliers avaient marquĂ© leur amour pour l’Abbaye de Floreffe, le festival a donc oeuvrĂ© pour s’y inscrire dans la longueur. EngagĂ© pendant toute la pandĂ©mie dans une lutte pour dĂ©montrer le cĂ´tĂ© essentiel de la culture, EspĂ©ranzah ! nous avait offert l’an dernier un version miniature de son festival que l’on avait adorĂ© vivre. Retrouvant une taille humaine, EspĂ©21 nous ramenait quinze ans en arrière, et nous embarquait avec nostalgie dans une petite bulle intimiste hors du temps. Devant le succès et les retours ultra positifs de cette Ă©dition, l’organisation a donc dĂ©cidĂ© d’aller vers la dĂ©croissance. En fluidifiant au maximum le site et le confort du public afin de retrouver cette Ă©chelle humaine qui a tant plu. Pour y arriver, EspĂ©ranzah ! passe dĂ©sormais Ă  quatre jours de festival (contre trois les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes), afin de pouvoir espacer les concerts et permettre aux spectateur.rices de profiter de la programmation sereinement, sans courir. Une politique faisant primer la qualitĂ© sur la quantitĂ© qui fait Ă©normĂ©ment de bien et qui va Ă  contre-sens du paysage scĂ©nique actuel, contraint de lutter en permanence pour sa rentabilitĂ©. Une formule plus aĂ©rĂ©e donc, qui permet plus facilement de profiter des tonnes d’autres activitĂ©s et propositions artistiques et militantes qui fondent l’identitĂ© d’EspĂ©ranzah !

Un line-up nostalgique sous le signe de la parité

CĂ´tĂ© programmation, c’est aussi la carte de la nostalgie qui a Ă©tĂ© jouĂ©e puisqu’Ă  l’occasion de ses 20 ans, EspĂ©ranzah ! a ramenĂ© quelques artistes emblĂ©matiques qui ont marquĂ© son histoire, Ă  l’image de Chinese Man, Asaf Avidan, GaĂ«l Faye, Scylla et Hilight Tribe, trĂ´nant en tĂŞte d’affiche d’un line up qui atteint pour la première fois la paritĂ© au niveau de la reprĂ©sentation des femmes et des personnes sexisĂ©es.

On pose nos premier pas sur le site aux alentours de 19h, juste Ă  temps pour entamer les festivitĂ©s avec le “free rap” (comme il l’appelle lui-mĂŞme) de Sopico. Pur produit de cette gĂ©nĂ©ration qui ne s’encombre d’aucune frontière musicale, le guitariste parisien de 25 ans puise autant ses influences dans Metallica ou Daft Punk que dans la musique kabyle. Sur ses riffs, il superpose des vagues de mots doux, lumineux et habitĂ©s. De quoi nous mettre chaleureusement dans l’ambiance d’une soirĂ©e qui s’annonce festive.

C’est ensuite avec le set possĂ©dĂ© de Hilight Tribe que la soirĂ©e dĂ©colle littĂ©ralement. Avec 8 albums au compteur et près de 20 ans de bourlingue, les chantres de la natural trance ont endiablĂ© la foule. Il faut dire que les festivaliers les attendaient de pieds fermes puisque le groupe est arrivĂ© premier au sondage des artistes que le public souhaitaient retrouver sur les planches floreffoises. Sans transition aucune, la foule s’est transformĂ©e en vĂ©ritable fournaise, sautant et dansant sur la plus organique des electro-instrumentale jusqu’Ă  en avoir les mollet en fusion. On se dĂ©chaĂ®ne au fond de la pleine comme devant la scène, personne n’en sortira indemne… pour notre plus grand bonheur !

Le sourire et l’exaltation au bout des lèvres, on se dirige ensuite vers la sublime scène Jardin, sur le plateau supĂ©rieur de l’Abbaye oĂą l’on assiste au coucher de soleil en attendant la trip-hop survitaminĂ© de Chinese Man. On les retrouve cette fois avec leur formule Groove Session, accompagnĂ©s des flows live du duo de MC marseillais Baja Frequencia et des platines de Scratch Bantits Crew et Youthstar Miscellaneous. Si le set met un peu de temps Ă  se dĂ©brider, le collectif prendra rapidement de la hauteur et gagnera en spontanĂ©itĂ© au fil des morceaux pour nous emmener dans son univers electro-hip-hop aux accents tantĂ´t orientaux, tantĂ´t africains, souvent marquĂ© par des samples qui semblent tout droit sortis des annĂ©es folles. Folles comme l’ambiance qui hĂ©rissent les poils d’un public qui en redemandent jusqu’au dernières notes du concert ! “Ne partez pas, on a encore soif” entend-on dans le public…

Et ça tombe bien qu’on ait encore soif, puisqu’on a dĂ©sormais rendez-vous sur la scène Futuro avec les sud-africains de Philimuncasi, qui signifie littĂ©ralement en zoulou: “Toujours finir son verre”. Le trio Ă©lectrise la Dame de Floreffe Ă  grand coup de toyi-toyi, une danse zouloue nĂ©e dans les annĂ©es 70 lors des manifestations anti-apartheid. Une dĂ©couverte aussi surprenante que dĂ©lectable !

On finira alors la soirĂ©e sur le set de DJ Marcelle, une hollandaise d’1m80, au 60 printemps bien sonnĂ©s arborant des robes bariolĂ©es comme un papier des annĂ©es 70. VĂ©ritable OVNI scĂ©nique, bercĂ©e par l’esprit punk dans son adolescence, Marcelle se tient toujours aussi loin des conventions aujourd’hui qu’elle ne le faisait Ă  16 ans. Jungle, free jazz, musiques traditionnelles du monde entier, mais aussi dancehall ou techno – tout y passe, parfois (malheureusement dirons certains) sans transition aucune – composent l’infinie palette de son DJ set gourmand d’1h30. Pas de fioritures ici, on va droit Ă  l’essentiel !

C’est sur les derniers beats de DJ Marcelle qu’on reprend la route du camping pour une dernière bière avant d’aller au lit. Il s’agit d’ĂŞtre en forme demain, on a encore trois jours de festival au programme !

Écrit par Jonathan Piroux

Jonathan Piroux

Reporter