L’été indien de PARRA FOR CUVA au Botanique

Etre berlinois ne veut pas forcément signifier être un dj-producteur d’une musique techno froide et sombre allant frôler les 200 bpm et devant être jouée à 6h du matin après 48h de rave. Non il est possible de pouvoir dire ich bin ein Berliner tout en proposant une musique où l’électronique vient épouser d’autres sonorités plus organiques dans un esprit d’évasion et de contemplation. Nicolas Demuth qui se cache derrière le projet PARRA FOR CUVA est de ceux-là, et il était présent ce vendredi soir au à l’Orangerie du BOTANIQUE pour présenter son très réussi second album “Juno”, sorti l’année passée. Parra For Cuva est le meilleur moyen de convaincre les plus réticents que les machines n’engendrent pas forcément une déshumanisation de la musique et un repli sur soi.

En première partie on retrouve un autre Allemand, Marcel Heym, évoluant sous le pseudo de ORBIT. Il créé une véritable bulle sonore coupée de l’agitation du monde et ouverte vers de lointains horizons sauvages mais apaisés, presque oniriques. Avec son synthé en bandoulière et ses machines, il diffuse d’onduleuses lignes de basses sur lesquelles se pose sa voix embrumée. Le public se met lui aussi onduler doucement au rythme lo-fi et chaud de ses titres. La seconde partie de son set se fait plus dense et rythmée pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Un petit quart d’heure de battement et voici PARRA FOR CUVA qui monte en toute simplicité sur une scène où est posée une sobre table de mixage. Tout ce qu’il y a de plus élémentaire, sans artifice. Et ça commence avec des nappes sonores aux couleurs féeriques. Puis une première ligne de basse vient faire vibrer l’orangerie. Malgré tout, le début du set manque un peu de consistance.

C’est avec le titre “Here entrance”, titre d’ouverture du dernier album, que le set décolle pour de bon et que Parra For Cuva commence réellement l’exploration du monde sonore que constitue sa musique. S’inscrivant dans le même genre de démarches créatives que des artistes comme Thylacine ou Fakear, c’est en allant se nourrir des sons du vivant, et ce au dépend de toutes les frontières géopolitiques, que le producteur construit ses morceaux. Entre sonorités d’instruments exotiques, percussions et chants traditionnels provenant des lieux les plus reculés de notre monde moderne, Parra For Cuva se pose en explorateur et baroudeur sonore. Ce n est d ailleurs pas par hasard si dans le public présent ce soir on rencontre une très grande mixité d’origines, fait plutôt rare, les genres musicaux ayant encore souvent du mal à dépasser les frontières des communautés. Le lightshow est lui aussi posé, ondulant et tournoyant doucement et faisant la part belle aux couleurs chaudes.

C’est donc un véritable tour du monde sonore que Parra For Cuva offre ce soir, mais bien loin des sentiers balisés du tourisme de masse. Et cil construit cela avec beaucoup de finesse, certains arrangements très précis et détaillés nous évoquant les prestations live de Christian Loffler, encore un Allemand spécialisé dans la musique électronique à forte influence organique. Mais il n’y a aucune prétention élitiste derrière tout ça : juste le souhait de faire tranquillement danser les gens sur des sons qui sentent bon la chaleur et le soleil, à des années lumières du bling bling de mauvais goût de Miami ou Ibiza. Le titre “Paspatou” vient parfaitement illustrer cette ambiance ensoleillée et tranquille. La fin de set est plus électronique, plus urbaine et plus rythmée. Mais pas question de mettre de côté l’indispensable touche vivante à tout cela, avec notamment de jolis simples de guitares électriques bien langoureux en fin de set. Parra For Cuva achève sous de chauds applaudissements son voyage sonore aux furieux airs d’été indien au bout d’une heure trois quart.

Écrit par Jean-Yves Damien