Un peu plus de trois ans après son dernier passage par chez nous, le Canadien Robert Alfons et son projet TR/ST sont de retour au BOTANIQUE dans une Orangerie qui affiche complet, tout comme il y a 3 ans. Quasi inconnu du grand public, bien qu’ayant assuré la première partie d’Indochine au Stade De France en 2014, le gaillard est suivi par une importante fan base internationale, notamment amatrice de coldwave et de synthwave. Quoi de neuf au niveau discographique pour TR/ST ? Pas grand chose, si ce n’est l’un ou l’autre titre isolé sorti sur en streaming. De plus, seulement une petite poignée de concerts sont prévus en Europe avant qu’il ne reparte de l’autre coté de l’Atlantique. Raison de plus pour ne pas gâcher notre plaisir

Cest MOVULANGO qui assure la première partie ce soir. Derrière ce nom on retrouve Mozes Mosuse, membre du duo Future Sound Of Antwerp qui s’est évadé le temps d’un projet solo (bien qu’étant accompagné d’un musicien sur scène). On adhère assez vite au son du projet : guitare noise et grésillante, rythmiques et grooves bien dansants, chant lancinant et presque pop mais avec un son électro un peu crado. Crado mais rudement bien foutu avec de grosses lignes de basses, quelques samples et petits triturages audios un peu tordus. On regrette quelques transitions entre couplets et refrains qui ont tendance à casser le rythme de manière brute. Le duo finit son set avec un titre aux accents punk bien rentre-dedans. Le public, d’abord timide en début de set, se montre bien plus expressif. Une agréable découverte un peu inattendue.

En attendant TR/ST, Le Botanique à la brillante idée de diffuser des titres d’Ultra Sunn, prometteur duo belge qui reprend le flambeau d’une électro coldwave bodybuildée inspirées par les indéboulonnables Front 242. Et ce choix est finalement tout a fait approprié au regard de ce qui va arriver. C’est en effet d’abord un claviériste qui monte sur scène, avec un casque audio solidement vissé sur les deux oreilles. Il envoie une longue intro vaporeuse en provenance directe des limbes. Un gros beat lourd et sourd se fait ensuite entendre alors qu’Alfons Robert monte sur scène sous les hurlements des premiers rangs. Le traitement de sa voix est rempli d’effets par l’ingé son, ce qui lui donner un aspect fantomatique. Le ton est donné. La « Black Celebration » peut commencer.

C’est dans une atmosphère sonore et visuelle aussi glaciale que musclée que tout cela se déroule. Ce qui a changé depuis 2019, c’est l’absence de batterie sur scène, remplacée par des boites à rythmes qui bénéficient elles aussi d’un traitement sonore sur mesure : les beats sont percutants, froids et mécaniques, dans une sorte d’univers sonore post-industriel nocturne aux forts accents berlinois. L’ombre du Berghain et des autres clubs mythique de la capitale allemande plane sur Le Botanique. Et de fait, il y a pourtant quelque chose de très dansant dans tout ça, de presque euphorique, comme pour célébrer l’avènement du monde des ombres, sans aucune intention néfaste pour autant. Le light show va également dans ce sens : sombre ou blanchard, le plus souvent en contre-jour pour que se dessine la silhouette du chanteur.

L’ambiance se fait ensuite plus sensuelle et semble portée par un romantisme remplit de désespoir pour « Gone » ou Alfons Robert passe derrière un synthé. Il nous offre un moment de pure synthwave aérienne et atmosphérique, tout juste ponctué par son chant. La sombre machine à danser se remet ensuite doucement en branle avec le très beau « Candy Wall » porté par une grosse et lente rythmique hypnotique. Le tableau d’ensemble est assez explicite sur ce que dégage la musique de TR/ST : au chant, Alfons Robert multiplie les postures et les mouvements comme pour invoquer le fantôme d’un Dave Gahan (qui n’est pas mort on vous rassure) des années 80. Et puis il y aussi ce claviériste qui, avec son casque sur les oreilles, semblent voyager tout seul dans une bulle pleine de poésie et de légèreté, alors que le son de son synthé et de ses machine résonne comme celui des entrailles de l’univers. Aérien et sombre à la fois.

La fin de set arrive déjà doucement avec un gros quart-d’heure furieusement taillé pour les dancefloor : « Bicep » est aussi énergique que puissant, « Shoom » fait danser toute l’Orangerie jusqu’au dernier rang avec avec ses sonorités aux airs de sombres techno et de boîtes à rythmes quasi-métalliques. « Sulk » vient apporter une touche plus lumineuse à cette fin de concert avec ses notes de synthés légères et lumineuses, toujours dansantes. En rappel TR/ST propose « Destroyer », un titre qui sonne presque pop, et « Boys of LA », un inédit. Le concert de ce soir n’a duré qu’une petite heure quart. On avoue qu’on aurait aimé y ajouter encore au moins une bonne demi-heure, parce qu’on était bien chaud pour continuer à danser sur ces rythmes sombres. Plus brute et rentre-dedans que sur CD, la musique de TR/ST prend une vrai dimension incisive et dansante en live, à la croisée de la synthwave, de la darkwave, de la coldwave et de tous ces sous-genres où se mêlent à merveille obscurité sonore et romantisme. Des termes qui peuvent parfois rebuter mais qui ne sont finalement pas si inaccessibles aux oreilles d’un public non-initié.

TR/ST – Botanique – 12/02/2023

The Shore -Bulbform – Cruel – Rescue, Mister – Colossal – Soon – Four Gut – Grouch – Dressed for Space – Heaven – Gone – Candy Walls – Iris – Bicep – Shoom – Sulk – Destroyer – Boys of LA

Écrit par Jean-Yves Damien