Il y a tout juste 20 ans la planète rock voyait débarquer un improbable groupe en provenance du Royaume-Uni dont le premier album intitulé « Permission to land » allait connaitre un succès improbable. Alors que les groupes en « THE » étaient doucement occupés à saturer le marché du garage-rock alors en vogue, THE DARKNESS se présenta et se positionna à contre-courant de la mouvance en place, sans crier gare, dans un registre glam et hard-rock pleinement assumé, aussi bien dans le son que dans le look. De quoi garantir un sacré voyage dans le temps, au cœur des années 70 et 80, mais avec l’énergie de fougueux débutants. En 2023, le groupe s’est donc, comme beaucoup d’autres avant, embarqué dans une tournée anniversaire pour célébrer les 20 ans de ce premier album. Emmenés par leur charismatique et déjanté leader, Justin Hawkins, ils étaient de passage ce mercredi à l’AB pour joyeusement fêter cet anniversaire.

Précédés de leur réputation aussi grandiloquente que second degré, c’est sur le titre « Arrival » d’Abba que le quatuor fait son entrée en scène où la pochette du premier album apparait en arrière-fond. Cette entrée en scène justifie à elle seule le déplacement. Batteur torse-nu, bassiste au look hybride entre Les Tuches et Les Gauff’, les frères Hawkins n’ont plus qu’à finir le travail vestimentaire : veste de cuir pour Dan à la guitare et génialissime combi zébrée pour Justin. Le ton est donné d’entrée de jeu avec un Justin qui s’empare du matériel des photographes accrédités pour photographier le public quand il ne va pas faire le poirier à coté de la batterie. On vous encourage à aller jeter un œil sur les réseaux sociaux de l’Ancienne Belgique où ces moments ont été immortalisés avec fidélité. Justin Hawkins occupe clairement l’espace scénique à lui tout seul, mais le bassiste n’est pas en reste en multipliant les poses de dandys un peu cool pendant que le frère se charge d’assurer les postures typiquement hard-rock : les jambes bien écartées et la chevelure agitée. L’hilarante folie espiègle qui caractérise le groupe depuis ses débuts est donc intacte, tout comme l’hallucinant corps athlétique de son chanteur qui… boit de l’eau entre les chansons.


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L’exubérance et la bonne humeur sont donc de mise et les membres du groupes multiplient les attentions et les gentilles blagues auprès des spectateurs, balançant notamment un nombre incalculable de médiators dans une fosse aussi réceptive que bon enfant. On apprécie tout particulièrement les nombreux échanges que le groupe a avec deux petites filles solidement accrochées à la barrière du premier rang de la fosse, discutant même en français avec elle.

Et au niveau musical qu’est-ce que tout ça vaut encore vingt ans plus tard ? Sachant que le groupe est venu pour interpréter l’entièreté de ce premier album, il n’y a pas de grandes surprises : les amplis sont poussés à fond, les solos de guitares électriques sont nombreux et mis avantageusement en lumière sans jamais s’éterniser inutilement. Et comme dans l’attitude scénique du groupe, on ne sait jamais trop où se situe la limite entre le premier et le second degré dans leur hard-rock où l’habileté technique des membres du groupe continue à faire des merveilles, même lorsqu’il s’agit de jouer avec la guitare sur la tête, dans le dos ou entre les jambes. On regrette juste un son parfois un peu irrégulier et criard, notamment sur l’énorme « Love is only a feeling ». En ce qui concerne la voix de Justin Hawkins, elle n’a pas beaucoup bougé puisqu’il continue gaiement à aller jouer les cantatrices aigues, là aussi sans qu’on sache réellement où se situe la frontière entre la performance pure et dure et la volontaire mais maitrisée caricature des précurseurs du hard-rock.

The Darkness reste donc une excellente machine rock’n’roll qui carbure à la douce folie dont les britishs sont les seuls à en maîtriser parfaitement la recette. Après « Friday Night » et « I Believe in a Thing Called Love » qui transforme la fosse en joyeux pogo, c’est en peignoirs et pyjamas de soirée que le groupe remonte sur scène pour le rappel. L’occasion pour Justin de grimper sur les épaules de son technicien, et guitariste additionnel sur l’un ou l’autre morceau, afin d’aller se promener en fosse, tout en jouant de la guitare bien entendu. The Darkness reste probablement encore à l’heure actuelle un des meilleurs combo hard-rock des temps modernes, constamment en train de cavaler entre l’énergie débridée d’AC/DC et la grandiloquence pleinement assumée de Queen.

Setlist – The Darkness – AB – 22/11/2023

Black Shuck – Get Your Hands Off My Woman – Growing on Me – The Best of Me – Makin’ Out – Givin’ Up – Love Is Only a Feeling – Curse of the Tollund Man – Stuck in a Rut – How Dare You Call This Love? – Street Spirit (Fade Out) / Holding My OwnPlay – Friday Night – I Believe in a Thing Called Love – Love You 5 Times – Love on the Rocks With No Ice

Écrit par Jean-Yves Damien