Personnage incontournable du paysage musical belge, HELMUT LOTTI nous a habitués, depuis longtemps maintenant, à son personnage de chanteur classique, de gala, de concert de Noël ou de nouvel an, toujours vêtu de son éternelle tenue de soirée en queue de pie et de son élégant nœud papillon. Et puis le printemps 2023 arriva et toutes nos certitudes furent mises à mal. Le Graspop annonça ce qui fut pris dans un premier temps comme un poisson d’avril : le nom d’Helmut Lotti trouvait ainsi sa place à l’affiche du plus grand festival métal du royaume. L’engouement fut tel que les organisateurs durent réguler l’accès à la scène où il se produisait ce jour-là. La curiosité et l’hilarité se transformèrent en enthousiasme aussi bien dans les médias qu’auprès des amateurs de métal et de son indéfectible public habituel. L’essai transformé, il était temps de s’embarquer dans d’autres concerts, dont un passage au Cirque Royal ce jeudi soir.



Nous voici donc au milieu d’un public où des francophones, des néerlandophones, des petites mamies suivant le chanteur, et son attitude de gendre idéal, depuis ses débuts mais aussi des métalleux barbus et tatoués se sont retrouvés le temps d’une soirée qui, sur papier, pouvait sembler improbable. Il est 20h10 lorsque le band d’Helmut Lotti monte sur la scène où une grande toile dans la grande tradition du métal et du hard-rock est tendue : on y retrouve les flammes de l’enfer, des éclairs et le nom de la star du soir en lettres… de métal. Ils sont cinq musiciens à l’accompagner sur scène, avec notamment la présence de synthés en plus des incontournables guitares, basse et batterie. Lui n’a pas complètement laissé tomber son costar en queue de pie puisque le textile à fait place au cuir.

Au programme de la soirée : des reprises des plus grands classiques du métal et du hard-rock : Kiss, Alice Cooper, Iron Maiden, ZZ Top, AC/DC, Scorpions, Metallica, Guns’n’Roses, etc (voir la setlist complète en fin d’article). Bref, du lourd et de l’intemporel sur les terres Sacrées du métal. Au milieu de tout ça, Helmut Lotti propose malgré tout un inédit et un titre en français. Mais là aussi, le titre choisi n’est pas n’importe lequel : « Que je t’aime » de Johnny Hallyday. Helmut Lotti n’est pas là pour proposer un exact copié-collé des version originales des titres joués ce soir, il n’est pas là non plus pour en exacerbé les tics vocaux des interprètes originaux. Helmut Lotti est là pour proposer des versions personnelles mais fidèles de ces titres qui lui tiennent à cœur. Il explique notamment que c’est son petit frère qui lui a fait découvrir cet univers musical lorsqu’ils étaient enfants. Celui-ci vient d’ailleurs le rejoindre sur scène le temps d’un morceau. Au moment de quitter celle-ci, un spectateur lui tend une bière qu’il accepte bien volontiers.

Scéniquement, tout ça est assez dynamique avec des musiciens s’afférant sur leurs instruments respectifs. Helmut Lotti n’hésite d’ailleurs pas à régulièrement se mettre en retrait pour leur laisser le champ libre lors de solos successifs. La puissance et la maîtrise vocale du garçon ne devant plus être démontrées, il peut donc logiquement s’attaquer et être à la hauteur de ces différents titres, comme sur la reprise de « Still Loving You » de Scorpions par exemple. Ses deux guitaristes appuient également de temps à autre le chant d’Helmut par des chœurs. C’est donc un vrai groupe qui est présent sur scène ce soir, les musiciens provenant tous de la sphère du métal. Pas question d’assister au concert d’un chanteur et des ses musiciens. En tout cas, Helmut faut le nécessaire pour éviter que ça soit le cas.


Là où Helmut Lotti réussit aussi à rendre la soirée unique et personnelle, c’est lorsqu’il se lance dans des pas de danse durant lesquels ses jambes et son bassin chaloupent aussi frénétiquement que langoureusement, comme sur sa reprise disco-rock d’ « I Was Made For Lovin’ you » de Kiss. A des années lumières des headbangers du peuple des métalleux. Il ne cherche pas à incarner ce qu’il n’est pas. Il reste Helmut Lotti, avec son adn artistique, tout en abordant chacun des titres joués ce soir avec l’esprit consciencieux d’un vrai passionné de musiques, capable de faire preuve d’humilité malgré une carrière déjà riche. Voir et entendre Helmut Lotti reprendre Elvis Presley n’a dès lors rien de bien surprenant. « Hellmut Lotti Goes Metal » pouvait sembler un peu surréaliste sur papier tant le grand écart et le choc culturel semblaient énormes. Mais nous sommes en Belgique ! A la sortie de la salle, une seule question persistait : pourquoi personne n’y a pensé plus tôt ?

Setlist – HELLMUT LOTTI GOES METAL – Cirque Royal – 23/11/2023

  1. Holy Diver(Dio cover)
  2. Poison(Alice Cooper cover)
  3. Smoke on the Water(Deep Purple cover)
  4. Run to the Hills(Iron Maiden cover)
  5. Easy Livin'(Uriah Heep cover)
  6. Darkness
  7. Still Loving You(Scorpions cover)
  8. When the Lady Smiles(Golden Earring cover)
  9. That’s Alright / Ace of Spades(Elvis Presley cover)
  10. Gimme All Your Lovin'(ZZ Top cover)
  11. Tiritomba([traditional] cover)
  12. Breaking the Law(Judas Priest cover)
  13. Nothing Else Matters(Metallica cover)
  14. Paranoid(Black Sabbath cover)
  15. I Was Made for Lovin’ You(KISS cover)
  16. Que je t’aime(Johnny Hallyday cover)
  17. Born to Be Wild(Mars Bonfire cover)
  18. Here I Go Again(Whitesnake cover)
  19. Paradise City(Guns N’ Roses cover)
  20. Highway to Hell(AC/DC cover)

Écrit par Jean-Yves Damien