Il y avait du beau monde à l’affiche du Botanique en ce polaire vendredi soir. L’Orangerie affichait complet pour le concert des Namurois de Glauque. Les dates de leur tournée étant nombreuses, nous aurons l’occasion de les voir en live en 2024. C’est donc du coté de La Rotonde, qui affichait également complet, que nous avons donc tourné nos yeux et nos oreilles pour le live de RARI. Ce Bruxellois de Liège ou Liégeois de Bruxelles, au choix, qui propose une musique électronique à forte connotation mélodique avait déjà remplit cette même Rotonde il y a deux ans. Après quelques jolies premières parties (notamment pour Mezerg et plus récemment pour Vitalic), c’est en tête d’affiche qu’il se présentait ce soir à l’occasion de la sortie de son nouvel EP, « Dissolve », fraichement sorti il y a une semaine.

Sur ce nouvel EP, Rari propose en 4 titres une plongée sonore sans filtre ou détour, moins onirique que par le passé. Alors que sa musique se caractérisait jusque là par des ambiances cosmiques aux airs de voyages temporels et intergalactique, c’est avec les deux pieds bien ancrés sur Terre que le producteur livre ses nouveaux titres. Du coté de la scène, Rari passe au stade supérieur en joignant du visuel au son et à la lumière. Sur son plan de travail, nous retrouvons des tuyaux fluorescents, un mac, des machines et un petit poste de télé-radio vintage qui semble lui aussi rappeler que nous sommes bien sur Terre ce soir. Vendredi soir donc, avec un public chaud et une salle effectivement bien plus remplie qu’il y a deux ans. Il faut dire qu’à l’époque les restrictions covid avaient tendance à refroidir pas mal de monde. Mais ce soir, c’est complet et c’est d’ailleurs un peu au chausse-pied que tout ce petit monde trouve finalement sa place dans La Rotonde.

Sur scène, Rari est accompagné d’un réalisateur vidéo (François Gustin – Analog Memory) dont la console est placée de biais pour lui permettre de mixer et ajouter des effets sur les images captées en direct de la scène, et ce au moyen de plusieurs petites caméras. Le procédé est finalement très manuel et artisanal mais son originalité ne manque pas de retenir notre attention car il n’est en rien différent de la manière dont Rari construit sa musique en live : avec des boutons et des câbles qui vont dans tous les sens et sur lesquels il se penche pour en extraire des couches sonores, des samples et des beats. Rari appartient à cette catégorie de producteurs de musique électronique qui n’ont que très rarement les mains en l’air, si ce n’est à la fin de leur set pour les joindre en signe de remerciement adressé au public pour son enthousiasme. Tout ça est accompagné d’un lightshow bien raccord et dynamique.


Le set de Rari se construit à la fois comme un voyage sonore evolutif et un enchainement de ses titres mixés les uns avec les autres. C’est avec « Ego Death », titre d’ouverture de son EP, qu’il entame la soirée. Ce titre, porté par une voix ayant bénéficié d’un gros traitement sonore, nous fait penser au titre « Madly » du duo The Blaze. Il y a de la puissance vocale et mélodique, de la profondeur et finalement quelque chose de sombre et dansant à la fois. Le titre a d’ailleurs été magnifiquement mis en image dans un clip récemment mis en ligne. Après cette entrée en matière, Rari s’en va visiter d’autres parties de sa discographie et des ses précédents EP. Il est alors l’heure de finalement quand même quitter la Terre et la brutalité du conscient pour un voyage plus aérien, voir carrément galactique. La marque de fabrique des titres de Rari réside dans cette capacité à construire des ambiances sonores permettant à l’imaginaire de chacun de pouvoir s’y projeter, sans pour autant en négliger l’efficacité des beats et des mélodies. Des titres comme « Quantics » et « The Battle » illustrent très bien cette approche.

Rari ne se contente pas de reconstruire en live et de manière fidèle le travail de création et de production de longue haleine qui doit amener à créer un titre. Il profite de la scène pour restructurer ses morceaux, y rajouter des arrangements, en modifier les tempos et finalement profiter de la liberté que lui offre la scène pour aller là où il veut. Alors que la première partie du set comportait quelque chose de plus contemplatif, notamment avec le titre « IFT » , la seconde partie se fait plus dense et incisive. Le titre « Boy », avec sa voix féminine et ses rythmés taillés pour faire décoller le dancefloor venant confirmer le potentiel inflammable de sa musique. C’est donc un set aux facettes diverses maiscoherent que Rari a livré au public du Botanique. Comme il le confiait à la RTBF il y a quelques jours : Je suis parfois trop rock pour les fans de clubbing. Et trop dancefloor pour les fans de rock. Mais l’un dans l’autre, c’est là que je me situe : à la croisée des chemins. Rari rappelle ainsi à qui veut l’entendre que son univers artistique va bien au delà des clubs et du bidouillage sonore.

Bref, pas besoin de vous faire un plan pour vous indiquer les chemins à suivre qui vous mèneront jusqu’aux différentes plateformes de streaming afin de pouvoir explorer ce nouvel EP et le reste de la discographie de Rari, bien que le mieux reste toujours d’aller se faire stimuler les sens dans les salles de concerts.

Écrit par Jean-Yves Damien