Nous ne vous apprendrons rien en vous disant que cela fait maintenant quelques années que les guitares rock se font mettre au tapis par la nouvelle génération d’artistes qui a été biberonnée aux technologies numériques et au principe du « do it yourself » instantané. La pratique d’un instrument n’est donc plus un incontournable. Cependant, jusqu’à la fin des années 2000, les groupes à guitares émergeaient de partout et se bousculaient sur les affiches des festivals et dans les rayons des disquaires. Les deux groupes qui se produisent ce dimanche soir au Botanique font partie de cette bouillante et mouvementée vague qui carbure, sans s’essouffler, aux riffs électriques et aux amplis saturés. Les pays anglo-saxons sont souvent considérés comme le berceau du rock, et il n’est pas nécessaire de vous faire la liste des innombrables groupes en provenance de ces pluvieuses contrées qui ont marqué l’histoire de la musique. Nous avons à l’affiche ce soir : ASH, groupe irlandais qui explose tout sur son passage à partir des années 90 et THE SUBWAYS qui en fait de même au début des années 2000.

De cette double affiche, c’est tout d’abord ASH qui prend possession de la scène pendant une grosse heure. Au programme : une guitare saturée, une basse malmenée, voire carrément brutalisée et un batteur bien en verve. Tout ça nous offre une prestation bien dense, prenant la forme d’un power-rock inspiré et souvent galopant. Inspiré mais en manque de justesse au niveau de la voix de son chanteur-guitariste. On vous avoue que ça nous a un peu gâché le début de cette soirée, rendant la prestation parfois un peu brouillonne et affectant le régime moteur pourtant élevé du set. ASH ne se contente cependant pas de se limiter à l’éprouvée formule du trio “guitare, basse, batterie”. 

Ci et là, on entend quelques bandes préenregistrées avec des synthés et quelques petits arrangements électros plus présents sur le dernier album en date du groupe. Cela nous offre ainsi un titre aux accents disco-rock enjoués. La fin de set est emmenée pied au plancher avec l’enchaînement “Kung Fu”, “Girl From Mars” et “Burn Baby Burn”. S’ il avait fallu mettre une appréciation à ce premier concert ce serait le suivant : correct mais sans plus, bien que le groupe n’ait rien perdu de son énergie, et ce alors que le compteur des années de vie du groupe vient de franchir les trente ans de carrière avec les trois membres fondateurs du groupe toujours en place. 

SETLIST – Ash – Botanique – 10/12/2023

Like a God – Race The Night – Angel Interceptor – A Life Less Ordinary – Goldfinger – Orpheus – Confessions in the Pool – Shining Light – Walking Barefoot – Crashed Out Wasted – Braindead – Kung Fu – Girl From Mars – Burn Baby Burn

 

Le temps d’aller jouer des coudes au bar, nous voici de retour dans l’Orangerie pour le second et plus gros morceau de la soirée. Soyons honnête, et personne n’en est vraiment dupe ce dimanche soir, y compris les membres de Ash, c’est bien pour THE SUBWAYS que la grande majorité des spectateurs a fait le déplacement ce soir. D’ailleurs, le trio anglais propose ce soir un généreux set qui dépasse le traditionnel 75 minutes que les groupes britishs ont la fâcheuse habitude de respecter scrupuleusement, même lorsque leur discographie leur permet d’en faire le double sans altérer la qualité de la soirée.

C’est donc un setlist riche d’une petite vingtaine de morceaux que le trio propose ce dimanche soir. Comme à Ronquières cet été, c’est près de la moitié de “Young for eternity”, premier album du groupe qui est joué ce soir alors que seulement trois morceaux du dernier album en date, sorti pourtant cette année, trouvent leur place dans la soirée. Sur scène, Josh Morgan, batteur du groupe depuis ses débuts, a laissé place à une batteuse tandis que le duo guitare et basse est respectivement assuré par l’inépuisable Billy Lunn, tout sourire et montant sur scène torse nu, et par la pile électrique Charlotte Cooper qui n’en finit plus de sauter partout et de courir dans tous les sens sur scène. Chance pour elle, la scène du Botanique est large et lui permet donc de s’en donner à coeur joie. On apprécie aussi tout particulièrement sa paire de Converse à paillettes. 

En dehors de ce changement de personnel, la seule chose qui a finalement changé sur scène est à aller chercher du côté de Billy Lunn qui est bien plus prudent avec sa voix qu’il ne l’était au début de leur carrière. Il continue à chanter à gorge déployée et à hurler des refrains entêtants mais il le fait avec plus de contrôle sans pour autant affecter la puissance et l’enthousiasme général des morceaux dont on s’étonne toujours que le trio guitare-basse-batterie suffise à retourner les enceintes et les salles de concerts. The Subways joue toujours la carte de l’efficacité sans pour autant basculer dans la simplicité et la redondance. Comme pour beaucoup de groupes de rock qui ont émergés autour du passage au troisième millénaire, le public de l’époque a continué à les suivre sans pour autant que celui-ci ne se renouvelle forcément à chaque nouvel album. Le pogo de ce dimanche soir est donc plus calme que par le passé mais il n’en est pas moins festif. Les sourires sont partout et Billy Lunn s’en va d’ailleurs s’offrir un petit slam en fin de set.

Les moments chauds n’ont pas manqués avec des titres comme “Kalifornia” et son énorme riff dévastateur, “Kiss Kiss Bang Bang”, “I Wan to Heat What You Have Got to Say” et son intro reprise en choeur par le public du Botanique, “Girls & Boys” avec ses passages instrumentaux en forme de rouleaux compresseurs et “Oh yeah” à hurler sans retenue. Le hasard faisant assez bien les choses, ASH possède également un titre portant le même nom, l’occasion est donc idéale pour les inviter sur scène afin d’interpréter tous ensemble (deux guitares, deux basses et deux batteries) ce titre donnant à la scène des airs de grande rock’n’roll family. En fin de soirée, le trio envoie aussi le titre “With you”, l’un des plus prisés des fans pour son aspect mélodique et puissant à la fois. C’est d’ailleurs en guitare-voix que celui-ci est entamé avant de devenir furieusement électrique. Et comme toujours c’est avec le nerveux et jubilatoire “Rock’n”Roll Queen” que The Subways clôture la soirée pour le plus grand plaisir de toutes et tous.

Quand The Subways a débarqué il y a près de 20 ans avec ce fameux single “Rock’n’Roll Queen” et un premier album devenu depuis incontournable, le titre de ce dernier avait également marqué les esprits : “Young For Eternity”. Avec un titre pareil, sans détour ni concession et à la simplicité déconcertante, The Subways annonçait l’état d’esprit avec lequel ses membres déboulaient : un gros fuck euphorique, saturé d’une increvable pulsion de vie adressé au temps qui passe. Près de 20 ans plus tard, effectivement rien n’a changé et tout a été parfaitement conservé. The Subways n’a strictement rien perdu de sa fougue, de sa fraîcheur, de son énergie et de sa joie communicative d’être sur scène. Ils resteront effectivement et définitivement jeunes pour l’éternité, aussi bien dans le corps que dans la mentalité, continuant à s’éclater comme de grands ados découvrant les joies de la scène tout en ayant pris de la bouteille. En 2023, le rock semble continuer à être le meilleur régime à adopter pour garder la santé et s’assurer un moral aux airs de feu d’artifice. 

SETLIST – The Subways – Botanique – 10/12/2023

We Don’t Need Money to Have a Good Time – Young for Eternity – Black Wax – Kalifornia – Alright – Taking All the Blame – Incantation – Kiss Kiss Bang Bang – Turnaround – I Want to Hear What You Have Got to Say – Influencer Killed the Rock Star – Good Times – At 1 AM – It’s a Party – Oh Yeah – Oh Yeah (Ash cover) (with Ash) – Girls & Boys – With You – Rock & Roll Queen

 

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Écrit par Jean-Yves Damien