Li-Lo* et Bertrand Lani ont enchanté la Maison de la Culture

Pas de doute, la Maison de la Culture de Namur a bien entam√© son week-end anniversaire. Cinquante ans! Quel anniversaire quand m√™me pour la culture dans la r√©gion de Namur. Depuis un demi-si√®cle,¬†sa Maison de la Culture¬†programme audacieusement des spectacles issus de tous les arts, entre classicisme et innovation. Vendredi, elle inaugurait un week-end sp√©cial, cent pour cent gratuit et tous azimuts, en musique. De celle qui a germ√© dans le terreau namurois, peut-√™tre loin des valeurs s√Ľres et du cancan, mais avec un vrai suppl√©ment d’√Ęme et d’art.

Li-Lo*, de son hublot et enchanteuse

Et pour l’entr√©e en mati√®re r√©ussie, rien de mieux que de la douceur avec la tr√®s mignonne Li-Lo* (Sylvie Botton de son vrai nom) et de son groupe, compos√© en grande partie de musiciens de la tr√®s populaire Rock School namuroise. Arriv√©e dans la sobri√©t√© √† l’avant d’un √©cran fum√©e, laissant penser que la jeune auteure-compositrice-interpr√®te √©tait sur un petit nuage, sur lequel elle voulait¬†nous emporter, Li-Lo* y est arriv√©e sans grande peine.

DSCN5949Sa voix, rappelant parfois Katie Melua, est aid√©e par des m√©lodies ent√™tantes, un rien de na√Įvet√© et, surtout, beaucoup de sinc√©rit√©. Notamment avec une reprise √©tonnante du¬†Feel Good Inc.¬†de Gorillaz, qui¬†serait pass√© entre les mains de¬†Bjork.¬†Ses deux tubes (“rien que √ßa” comme elle le dit avec une modestie d√©sarmante) aussi,¬†By the way¬†(beaucoup entendue sur les ondes cet √©t√©) et ¬†Apple Tree:¬†Li-Lo* sourit tellement qu’il n’est pas difficile de savoir d’o√Ļ est venu le rayon de soleil qui l’a fait pousser, cet arbre √† pommes.

Sans oublier la fantaisie de¬†M. Hublot¬†(rappelez-vous ce court-m√©trage bas√© sur l’imaginaire de St√©phane Halleux qui avait fait sensation et remport√© un Oscar!) via les deux titres qu’elle avait compos√© pour ¬†le film d’animation. Et la section cordes, invit√©e pour l’occasion, a fait miracle. Au final, un concert bien men√©. Auquel manquait peut-√™tre un peu de pr√©sence sc√©nique, mais comment en vouloir √† cette chanteuse dont la fra√ģcheur perlait et tranchait bien avec la chaleur suffocante l√©gendaire de la salle.

¬†Bertrand Lani √† des lieues des programmations “suarezis√©es”

Pour la suite, on augmente encore un peu les degr√©s et le virage est total¬†: Bertrand Lani (oui oui le petit fr√®re de Fred, tout aussi talentueux, signe que les virus sont parfois familiaux)¬†prend possession de la sc√®ne. Avec ce paradoxe: “C’est la premi√®re fois que je joue chez moi, √† Namur. Mon lit est √† 30 m√®tres et je ne vous dit pas quel effet √ßa fait, de se r√©veiller en face de sa t√™te affich√©e en fa√ßade de la maison de la culture.

Allez, on met une pi√®ce dans le jukebox, et les guitares prennent le dessus pour un show d’1h10¬†au son du (bon) blues et de la roots anglo-saxonne. Bard√© de r√©f√©rences, l’immense (pr√®s de 2 m√®tres) fan des Rolling Stones, mais pas que, propose des compositions d√©tonantes donnant √† la salle un go√Ľt de poussi√®re digne des grands westerns. Sans¬†doute ne manquait-il que les chapeaux de cowboys sur certains morceaux, le premier notamment.

Et flingueur, Bertrand sait aussi l’√™tre quand, se saisissant du micro comme d’un gun, il DSCN6162remercie la MCN de n’avoir pas succomb√© √† la tentation d’une programmation “suarezis√©e”: “Il y en a encore qui ont des c******* en 2014“. Le ton est donn√©. Et il est vrai qu’il est rare de voir un aussi jeune chanteur balayer avec autant de pr√©cision et d‚Äôengagement pr√®s de cinquante ans de tradition du rock. Tout en y apportant un style personnel via des compositions anciennes (de cette belle promesse qu’√©tait¬†It gets bluer in a while,¬†son premier album) et nouvelles, servies par ses copains musiciens composant son band. Entre un hommage surr√©aliste √† Bernard Pivot (qui cl√īturera les festivit√©s dimanche. “Vous allez pogoter”), le passage du fant√īme de Bobby Womack (sur la cover de It‚Äôs all over now) et une reprise d√©capante du¬†Tout l’amour¬†de Dario Moreno (comme si le chanteur turc avec crois√© improbablement un Tom Waits), Bertrand Lani et son groupe ont assur√©, prouvant qu’en-dehors de la musique aseptis√©e, il y a encore la place pour de jeunes bluesmen talentueux et r√©ellement complices avec leur public.

On l’avoue, on aurait voulu casser les fauteuils bien trop en place, se lever et mettre sens dessus dessous la maison de la culture. Et par la m√™me occasion, ba√ģllonner la fille en face de nous, qui, manifestement, pr√©f√©rait raconter sa vie (et la crier quand la pauvre musique ne permettait pas sa compr√©hension) qu’√©couter et respecter l’artiste. Les seules fausses notes sont parfois bien ind√©pendantes des artistes. Tant√īt gentiment trublion (le diable en lui, comme il le chante), toujours attachant, Bertrand Lani n’a, quant √† lui et au terme d‚Äôun concert bien calibr√©, rien eu √† se reprocher. Une confirmation pour ceux qui le connaissait, une excellente d√©couverte pour les autres.

 

√Čcrit par Alexis Seny

Alexis Seny